29.11.2008
Untittled
D'Angelo - Untittled
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04.01.2008
De La Pornographie
"Nos fantaisies sexuelles parlent de nous, à la façon détournée des rêves. Elles ne disent rien sur ce que nous désirons voir arriver de facto.
Il est évident que beaucoup d'hommes hétérosexuels bandent à l'idée de se faire mettre par d'autres hommes, ou de se faire humilier, sodomiser par une femme, de la même façon qu'il est évident que beaucoup de femmes mouillent à l'idée de se faire violenter, gang banger ou baiser par d'autres filles. On peut également être gêné face au porno justement parce qu'il révèle qu'on est inexcitable alors qu'on se rêve en chaudasse insatiable. Ce qui nous excite, ou pas, provient de zones incontrôlées, obscures ; et rarement en accord avec ce qu'on désire être consciemment. C'est tout l'intérêt de ce cinéma de genre, si on aime lâcher prise et perdre connaissance, et c'est tout le danger de ce même cinéma, si justement on a peur de ne pas tout contrôler.
On demande trop souvent au porno d'être l'image du réel. Comme si ce n'était plus du cinéma. On reproche par exemple aux actrices de simuler le plaisir. Elles sont là pour ça, elles sont payées pour ça, elles ont appris à le faire. On ne demande pas à Britney Spears d'avoir envie de danser chaque soir qu'elle se produit sur scène. Elle est venue pour ça, on a payé pour voir, chacun fait son boulot et personne ne râle en sortant "je crois qu'elle fait semblant". Le porno devrait dire la vérité. Ce qu'on ne demande jamais au cinéma, technique de l'illusion par essence.
On demande précisément au X ce qu'on craint de lui : dire la vérité sur nos désirs. Je n'en sais rien, moi, du pourquoi c'est à ce point excitant de voir d'autres gens baiser en se disant des saloperies. Le fait est que ça marche. Mécanique. Le porno révèle crûment cet autre aspect de nous : le désir sexuel est une mécanique, guère compliquée à mettre en branle. Pourtant ma libido est complexe, ce qu'elle dit de moi ne me fait pas forcément plaisir, ne cadre pas toujours avec ce que j'aimerais être. Mais je peux préférer le savoir, plutôt que tourner la tête et dire le contraire de ce que je sais de moi, pour préserver une image sociale rassurante."
Extrait de King Kong Théorie
Virginie Despentes
Editions Grasset - 2006
22:39 Publié dans Ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.07.2007
La Belle Et La Bête
Madame Leprince de Beaumont, gouvernante et éducatrice de jeunes enfants, n'imaginait sans doute pas que le conte qu'elle a écrit dans le but d'enseigner certaines valeurs morales à ses élèves serait ainsi réinterprété.
De quoi réchauffer Walt Disney dans son cercueil cryogénique, amuser Jean Cocteau et satisfaire Bruno Bettelheim.
Pour ma part, je suis ravie d'ajouter cet album délicieusement coquin dans ma bibliothèque. Sur chaque double page, une phrase du texte original revisité par le Marquis de Carabas est illustrée par un dessin en noir et blanc, à la fois simple et raffiné, d'une sensualité incroyable. A faire rougir de plaisir les grands enfants lubriques que nous sommes.

Moceaux choisis de la Belle et la Bête - Le Marquis de Carabas
Illustrations de Nicole Claveloux - Eden Editeur
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24.03.2007
Pour Ne Pas Mourir d'Amour...
18:09 Publié dans Ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.03.2007
Mi Tierra - Gloria Estefan
Certains objets, certains parfums, certains endroits ramènent à nous les souvenirs et les sensations d’un passé qu’on croyait oublié. La musique a chez moi cette fonction proustienne. Et il est un album en particulier qui me rappelle non pas un souvenir mais un ensemble de souvenirs amoureux.
Je devrais détester cet album mais je ne peux pas. Il parle d’amour. Ou plutôt d’amours. De ceux qui marquent une vie. De ceux qui ne s’oublient pas car ils nous ont changés. Il m’a été offert par mon ex-mari juste après notre séparation. Je l’écoutais en boucle en pleurant. Puis un jour les larmes ont séché mais le disque a continué de tourner sur ma platine.
Quand l’histoire avec Olivier s’est achevée, une chanson de l’album c’est faite plus significative. « No hay mal que por bien no venga ». Elle parle de passion, d’histoires qui réveillent le cœur pour aimer à nouveau. Je me souviens la lui avoir traduite et envoyé par mail. Et puis je lui ai offert l’album.
Par la suite, chaque fois qu’un amour ou un amant m’en demandait une copie, on se séparait juste après.
Lorsqu’une nuit, après avoir fait l’amour sur la voix chaude de Gloria, il m’a demandé de lui faire un CD de « Mi tierra », j’ai senti un pincement au cœur. Je lui ai dit oui mais… Je n’ai jamais fait la copie. Peut-être pensais-je annuler ainsi la malédiction liée à l'album… Mais ne l'avais-je pas choisi ce soir là parce que je sentais déjà que la fin était proche ?
On s’est séparé peu après. L’album était resté sur la platine. Et encore une fois je l’ai écouté en boucle. En pleurant.
Je devrais détester cet album mais je ne peux pas. Chaque chanson est le souvenir d’un amour qui a changé ma vie…
Imagen del amor que me ofreciste.
Aún guarda fiel el aroma aquel tierno clavel.
Ayer encontré la flor que tú me diste.
Aún guardo aquella carta que me escribiste.
De un rojo pasional tenía una marca.
Tu firma junto al clavel me puso triste.
Aún guardo aquella carta que me escribiste.
Regresa, por favor, pues la vida es muy corta.
Salgamos de la duda y del rencor.
Muy bien dice el cantor : lo pasado no importa.
De todo, nuestro orgullo es lo peor.
Renovemos la pasion pues la vida es muy corta.
Llenemos de calor el corazòn...
02:40 Publié dans Ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.03.2007
Accourrez Donc Vite Et Venez Me La...
(suivre l'italique...)
Lettre d'amour de George Sand à son amant Alfred de Musset.
Je suis très émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
dont vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude où j'ha-
bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi en y songeant j'ai l'âme
grosse. Accourrez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
mettre.
Réponse d’Alfred de Musset :
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cour
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
Réponse de George Sand :
Cette insigne faveur que votre cour réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.
13:30 Publié dans Ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.02.2007
Rêve De Pierre

Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;
Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !
Charles Baudelaire - Les Fleurs du Mal
23:22 Publié dans Ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.10.2006
Humeur Grivoise

Frédéric DARD (ça ne s’invente pas)
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16.07.2006
2046
Malgré sa présentation au festival de Cannes, 2046 a été boudé par le public. Est-ce à cause de son titre futuriste ou de l’étiquette intello qui lui a été collé ? Pour ma part, c’est un peu pour ces deux raisons que je voulais le voir. Je n’en avais pas eu l’occasion jusqu’il y a peu. Je traînais comme une âme en peine au rayon DVD d’un grand magasin. J’allais de présentoir en présentoir sans trop savoir quoi acheter, entre classique et nouveauté, entre envie et curiosité. Je me suis retrouvée face aux films asiatiques et je l’ai vu. Coffret noir en métal, les quatre chiffres en relief. Rien que pour l’objet, je savais que j’allais craquer.
Hong Kong, 1966. Chow Mo Wan, un écrivain libertin retrouve un de ses anciens amours, Lulu, qu’il raccompagne à son hôtel, chambre 2046. Le lendemain, quand il veut lui rendre visite, on lui dit qu’elle est partie sans laisser d’adresse. Il aimerait louer la chambre de Lulu mais le patron lui répond que c’est impossible, qu’elle est en réfection. Chow loue la chambre 2047 en attendant. Il apprend après coup, que Lulu a été assassinée après son départ par son petit ami jaloux qui les avait vu ensemble.
Dans la chambre 2047 qu’il a décidé de garder, Chow entreprend l’écriture d’un livre de science fiction situé en 2046. A travers son roman, il fait revivre les femmes qui ont traversé son existence. 2046, devient une ville, un train, une destination.
Le voyageur en partance pour 2046 n’a qu’une idée en tête : retrouver ses souvenirs perdus. Car on dit que rien ne change jamais, à 2046. Mais nul ne le sait au juste, car nul n’en est jamais revenu.
Wong Kar Wai ne nous raconte pas les histoires d’amour d’un personnage mais les ratages de l’Amour. Quand les histoires finissent avant de commencer, quand elles arrivent trop tôt ou trop tard, quand elles ne peuvent pas être partagées.
Le train 2046, où l’on est accueilli par des androïdes aux émotions différées qui pleurent ou qui rient des heures après en avoir ressenti l’envie, c’est l’amour qui nous a échappé, ce sont les larmes qui coulent après coup, se sont les regrets, les remords… 2046 c’est la réponse à un : « Pourquoi ne peut-on revenir en arrière ? »
Wong Kar Wai rend compte de cet impossible de façon métaphorique. Chaque plan ne laisse voir que la moitié de la scène, le reste étant caché par un paravent, l’embrasure d’une porte, le haut d’une fenêtre... La caméra filme les conversations en retrait, la nuque d’un des deux personnages au premier plan laissant transparaître les émotions sur le visage du second. Les moments d’incompréhension amoureuse sont tournés au ralenti : sensation particulière qui plonge le spectateur dans ses propres interrogations amoureuses…
2046 c’est l’expression cinématographique porté au summum de son art. Wong Kar Wai est sûrement l’un des rares cinéastes à pouvoir encore prétende au titre d’artiste.
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