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13.04.2006
-2- Ecrire, Mais Pourquoi Faire ?
Le style de Monsieur Laferrière me fait l’effet d’une drogue : j’en veux encore. Je passe à la librairie et j’achète le seul titre de lui en rayon : "Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?" Mais comment fait-il pour trouver des titres pareils ?
Génial, il parle de son roman "Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer". Je retrouve l’humour et le charme de son écriture, tout est là, comme une continuité. Je me bidonne en lisant les réactions des gens à propos du titre du livre. Je pense à l’intérêt que j'ai eu pour ce titre bien des années avant de lire le roman. Je pense à la nuit précédente : lire un livre écrit par un Haïtien qui parle de sexe et de littérature, et entre deux chapitres du livre, faire l’amour avec un Haïtien (en se fatiguant, j’ai eu des courbatures toute la journée). Il faut que j’écrive à ce Dany Laferrière ! Je ne me reconnais pas dans ses Miz, trop bourgeoises, trop américaines, trop lointaines. Mais je me reconnais dans sa vision des choses, dans certaines de ses anecdotes, dans sa sensualité malicieuse. Je me reconnais dans nos différences aussi : il est un homme, je suis une femme, il est noir, je suis blanche.
Je prends un bloc-note et un crayon. Je me glisse sous la couette. Et là… plus rien. Pourquoi lui écrire ? "Monsieur, votre livre a bouleversé ma vie…" C’est nul ! Son livre n’a pas bouleversé ma vie, il a juste télescopé mon intimité...
L’autre jour, Luis m’a dit : "Ecrit un roman sur ta sexualité." Je lui ai répondu que je ne voulais pas m’ajouter à la liste des écrivaillons qui pensent que parler de leur cul va révolutionner la littérature moderne. Le sexe, ça a quelque chose de sacré, on ne doit pas en parler n’importe quand, n’importe comment. C’est peut-être pour ça que je veux lui écrire à Laferrière, il en parle religieusement, scientifiquement, magnifiquement, amoureusement, malicieusement, délicieusement, (je vais peut-être arrêter là pour les superlatifs). Il en parle comme j’en parle, mais en plus, lui, il sait l’écrire.
Je me relève pour mettre un CD : Voodoo de D’Angelo. "I love you, D’Angelo : Would U marry me ?" J’avais écrit ça sur son website, le soir où j’ai vu pour la première fois son clip « Untittled ». Midinette, moi ? Non, il faut voir le clip pour comprendre. Ambiance propice aux souvenirs : je décide de raconter la nuit de samedi, le livre, mon amant. Au bout de deux heures de ratures, je mets un point final à mon récit. Je m’endors comme on meurt.
De retour du boulot, je relis mon texte et décide de le rentrer sur mon ordinateur. C’est plus facile pour corriger. Je suis la reine du coupé/collé. Quand j’arrive à quelque chose de satisfaisant, je décide de l’envoyer à Luis par e-mail. Je n’en attends aucun commentaire. Ce texte n’est qu’une satisfaction passagère. Il n’arrivera jamais dans les mains de celui à qui il était destiné.
Luis m’en parle comme si j’allais en faire un roman : "C'est bien plus profond et empli de vie que les monstruosités de La vie sexuelle de Catherine Q ou Les Monologues du Vagin Soumis Refoulé. (Bon là il exagère, j’aime bien les monologues moi). Essaie d’aller plus loin, sous forme de chapitres ou de nouvelles. Il y a peut-être un mini souci. Si tu parles des Noirs comme tu le fais, cela risque de t'attirer les foudres de SOS Racisme et CONsorts qui t’accuseront de mettre en avant la différence de couleur."
21:05 Publié dans L'amour, les Hommes et le Chocolat. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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