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29.04.2006

-7- Olivier

1998 : quatre ans que je vis seule, quatre ans que je n’ai pas vu un garçon de près. J’ai commencé une analyse : je ne comprends rien aux hommes, je ne comprends rien à l’amour. Je pensais qu’il était éternel, mais le prince charmant s’est tiré. (Il faudrait arrêter de faire croire aux filles qu’il existe)

Je décide de m’abonner à Internet. Par curiosité, je rentre sur une chat-room. Je prends vite goût aux discussions virtuelles. Je me marre aux bêtises des autres. Je ne les connais pas mais je n’ai plus l’impression d’être seule.

A cette époque là, en France, Internet n’était pas le marché du sexe qu’il est devenu. Mais les conversations avaient vite fait de dévier sur le sujet. Derrière un écran, on peut se lâcher. Un jour, on décide de sortir de l’anonymat. Entre habitués, on organisait des rencontres dans des cafés parisiens. On rigolait beaucoup, on se racontait nos vies. Et quand le regard en disait plus long que les paroles, on repartait accompagné finir la nuit dans un endroit plus intime. Voilà comment j’ai remis le pied à l’étrier.

La première fois qu’on fait l’amour après si longtemps, on se demande si on saura encore y faire. Mais c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.

J’ai enchaîné les aventures. J’avais l’âme d’une croqueuse, d’une collectionneuse. J’avais besoin de rattraper le temps perdu. Je ne passais jamais plus de quinze jours sans un homme dans mon lit. Pourquoi quinze jours ? Je ne sais pas, mais c’était pour moi la limite du tolérable. Aucun garçon ne s’arrêtait à la première fois. A l’époque, j’en tirais une certaine fierté. Parfois une relation durait plus longtemps. Mais jamais rien de bien sérieux. Pourtant, je disais que j'aimais tous les hommes avec qui je couchais, du moins j’essayais de m’en convaincre. Au fond, je n’assumais pas complètement cette sexualité. L’éducation a la dent dure : si tu couches sans aimer, tu es une fille facile. Quelle merde ! L’amour est une chose, le sexe en est une autre. Mais ça, je ne l’ai compris que plus tard.

On m’avait parlé d'Olivier. Il avait une réputation de chasseur. Je ne l’avais jamais croisé, ni sur le net, ni dans nos soirées. Et voilà, qu’il apparaît dans l’encadrement d’une porte. Peau chocolatée, épaules larges, démarche chaloupée, yeux en amandes, petit sourire charmeur, tout chez lui transpirait la sensualité. C’était peut-être un prédateur, mais c’est moi qui allait le dévorer. Je te veux, je t'aurai. C'est fou ce que le désir rend possessif !

Discussion sur le net le lendemain, tout se fait en douceur. Echange érotique à mots cachés. J’aime le moment où l'on sent que l'autre est prêt, qu’il ira jusqu'au bout. Il me demande mon adresse. Il sera chez moi dans la demi-heure qui suit.

Je lui ouvre la porte, même image qu’au premier jour. On s’embrasse longuement.

- Ton cœur bat vite, dit-il.
- Ca prouve que j’en ai un.


On continue de s’embrasser. Mes lèvres collées aux siennes, je l’attire vers la chambre.

- Attends, j’ai amené un disque.


Nous avons fait l’amour au bord du lit. Il avait encore son blouson sur le dos. Quand il s’est relevé, je lui ai dit :

- On se déshabille ?
- Je ne me mets jamais tout nu
- Chez moi, si.


Je ne me souviens pas à quel moment ça a commencé. Peut-être quand nous nous sommes allongés, nus, l’un contre l’autre. Où quand il m’a pénétré pour la deuxième fois. Mais on aurait dit que nos corps étaient faits l’un pour l’autre. Nos mouvements étaient coordonnées, nos envies équivalentes et notre plaisir sans limite. Nous avons fait l’amour jusqu’au petit matin.

- Tu es l’Homme qui a fait de moi une Femme.
- Pourquoi tu dis ça ?


Pourquoi ? Parce qu’à partir de cet instant, tout a changé. Ma vision des hommes, de l’amour, du sexe. Chaque fois que nous faisions l’amour, je n’existais plus, je perdais mon âme. Tout se recentrait sur les sensations, le plaisir, la jouissance. En rigolant, je lui disais : il existe des orgasmes intenses, des orgasmes à répétition, avec toi, c’est un orgasme permanent. J’étais folle de ses caresses, de sa créativité, de nos excentricités sexuelles.

Mais il n’y avait pas vraiment de place pour moi dans la vie compliquée d'Olivier. Notre relation a duré deux mois. Nous n'avions jamais mis de mots sur notre histoire, nos sens avaient parlé pour nous. Dans les mois qui ont suivi, nous avons recouché deux ou trois fois ensemble, toujours la même intensité. Mais il a fallu couper les ponts pour que ma peau oublie la sienne, pour que les larmes arrêtent de couler, pour continuer à vivre.

« Les corps se souviennent, tu seras toujours mienne.»


Nous nous sommes revu. De plus en plus souvent. Toujours dans des lieux publics. On se racontait nos nouvelles conquêtes. Un soir, il m'a embrassé. C'est devenu une habitude. Il a rencontré une fille avec qui il a refait sa vie. J’ai rencontré celui avec qui je croyais refaire la mienne. J’ai toujours pensé que ce que nous avions vécu dans la passion nous avait donné la possibilité d’aimer à nouveau. Lors de nos rendez-vous, on a continué à s’embrasser. Nos baisers avaient un goût de liberté perdue.

Petit à petit, les mots ont remplacé les baisers. Une complicité incroyable c'est installé entre nous. Complicité parfois effrayante, où l'on peut deviner à distance ce que l'autre ressent. "Arrête de lire dans mes pensées" dit-il parfois quand je l'appelle. Et on éclate de rire.


27.04.2006

Les Etoiles Filantes Pleurent-Elles ?


L'idée qu'on peut guérir d'une rupture en commençant une autre histoire.
La facilité des rencontres sur internet.
Un homme qui sort du lot.
L'impression de quelque chose de nouveau.
Retrouver le plaisir de plaire, se laisser séduire.
Un rendez-vous, les regards, les sourires.
Une nuit de tendresse, de caresses, de promesses.
Un lendemain de détresse.
Certaines histoires sont dures à effacer...

Un mail d'excuse, une réponse compréhensive.
Un dial amical qui s'engage.
Quelques temps plus tard, pour lui un voyage.


Lui : Je suis rentré lundi, j'ai pensé à toi là bas
Moi : Ah oui ?
Lui : Oui, j'ai pensé à toi un soir en voyant une étoile filante.
Moi : C'est le côté étoile ou le côté filante qui t'a fait penser à moi ?
Lui : Les deux peut-être. Mais c'est bizarre, je n'ai pas compris pourquoi. J'étais sur une terrasse, c'était le bonheur total et d'un coup, je vois cette étoile qui file devant moi. J'avais l'impression qu'elle me faisait un clin d'oeil. Celà m'a intrigué d'autant que je ne me rappelle plus exactement ton visage.

Un silence.
Mes pensées, vers ce qu'il reste de ces rencontres qui ont fait de nous ce que nous sommes.

Lui : J'ai fait l'amour avec une étoile filante.

L'image me prend aux tripes. Les larmes coulent lentement sur mes joues.

C'est le côté étoile ou le côté filante qui m'a fait penser à toi ?
Certaines histoires sont dures à effacer...

25.04.2006

-6- Comment Assassiner Un Ecrivain Sans Se Fatiguer

Quand je ne suis pas devant mon PC, je lis. Les aventures de Laferrière à la rencontre des Américains me font rire. Certaines me rappellent des morceaux de ma vie.

"Qu’est-ce qui vous fait croire que les blondes sont attirées par les Nègres ?" J’ai passé un après-midi à démontrer à Uche que les Noirs sortaient souvent avec des blondes. Il ne me croyait pas, il préfère les brunes, tant mieux pour moi. On s’est assis sur un muret des Champs Elysées et on a compté.

Entre ce que j'écris et ce que je lis, mes idées vagabondes. Je suis surprise chaque fois que je découvre dans le bouquin ce que j'ai pensé la veille où la demi-heure avant. Toutes ses réflexions sur la couleur de la peau, les origines, le racisme, Michael Jackson, Spike Lee, les ghettos, je me les suis faites à un moment ou un autre.

Je me demande ce qu'il aurait écrit s’il avait traversé l’Europe au lieu des USA.

Europe colonisatrice, Amérique terre d'esclavage : est-ce de là qu'est née une différence de mentalité ? Pendant que l'Amérique exploitait le peuple noir, l'Europe maintenait la servitude ouvrière. Traces indélébiles. Ici, le racisme prend sa source dans les problèmes économiques. Litanie lepéniste : l'étranger est cause de tous les maux de la société. Il a plein de gosses, parfois plusieurs femmes, il ruine la Sécu et les Allocs. Il n'a même pas besoin de bosser avec tout ce que lui verse l'Etat. Et dire que vingt pour cent d'abrutis croient à ces inepties. Ils sont pourtant bien contents qu'Il ramasse leurs ordures, l'étranger. Il est vrai que ces temps ci, le chômeur a faim, il voudrait bien ramasser les ordures lui aussi.

Va et vient fascinant entre ce que Laferrière écrit et ce que j'en pense, entre ce que je pense et ce qu'il en écrit. Jusqu'à cette rencontre qu’il fait avec Myrna, page 397, et qui m'assassine. Il est deux heures du mat, je suis dans mon lit adossée à une montagne de coussins. J'entame le chapitre. Quand tout à coup :

"A laquelle des filles...
- Des Miz ?
- Oui, à laquelle des Miz t'identifiais-tu ?
- Aucune. J'étais toi."


Je me redresse d'un bond. Ah non ! C'est moi qui ait pensé ça ! Je l'ai même écrit ! Je ferme le bouquin. Sentiment étrange. Impression d'être dépossédée de quelque chose d’intime. Je me rallonge. Je rouvre le livre. Pourtant je ne ressemble en rien à cette Myrna. Mais je suis jalouse de cette rencontre. Depuis, le début, j'ai pris Dany Laferrière comme interlocuteur et ses livres comme sa part de dialogue. Ce n’est pas juste !

Je décide d'en finir avec lui. Je lis les derniers chapitres. Je pose le livre sur la pile de ses autres livres, que j'ai acheté d'un bloc. Et j'éteints la lumière.

22.04.2006

-5- Comment Ecrire Sans Se Fatiguer

Monsieur Laferrière que m'avez-vous fait ? J'écris, j'écris, je ne peux plus m'arrêter ! Et c'est fatiguant d'écrire quand le réveil sonne à six heures et demi tous les matins.

Ecrire à 10 ans : "Racontez une journée de vacances en quatre pages, sans sauter de ligne." Construire un plan, organiser les idées, faire un brouillon, faire attention à l'orthographe, recopier, ne pas sauter de ligne. Ecriture torture.

Ecrire à 20 ans : griffonner quelques lignes comme on ferait une liste de courses. Déverser sa tristesse. Balancer la feuille à la poubelle. Se sentir mieux. Ecriture thérapeutique.

Ecrire à 30 ans : mettre noir sur blanc les questions et trouver des réponses. Faire le point sur sa vie, ses idées, les hommes. Refermer le bloc-note. Le rouvrir de temps en temps pour se souvenir. Ecriture sentimentale.

Ce n'est jamais allé plus loin. Soudain, c'est devenu une nécessité. J'ai besoin de mettre à plat ma vie, de la visualiser, de la lire.

2004 : début d'année merdique. Tout me parait moche. Une mauvaise nouvelle par-ci, un décès par-là. Les gens meurent, normal. Mais ceux que j'aime ont-ils besoin de le faire tous en même temps.

En France, rien ne va plus. Les Français dorment devant la télé, ils n'ont pas besoin de penser, l'Etat le fait pour eux. Année zéro de la connerie médiatique : 1987, Chirac privatise la première chaîne nationale. Violence banalisée, exhibitionnisme normalisé, starisation fantasmée, cerveaux formatés. Avril 2002 : Le Pen passe le premier tour des élections présidentielles. Je pleure. Un rêve s'est brisé. J’écoute en boucle la chanson de Saez :


J’ai vu les larmes aux yeux
Les nouvelles ce matin
Vingt pour cent pour l’horreur
Vingt pour cent pour la peur
Ivres d’inconscience
Tous, fils de France
Au Pays des Lumières
Amnésie suicidaire
Nous sommes nous sommes
La Nation des Droits de l’Homme
Nous sommes nous sommes
La Nation de la Tolérance
Nous sommes nous sommes
La Nation des Lumières


Je pense à mes grands parents qui 60 ans plus tôt avaient fuit l’Espagne fasciste pour ce pays de liberté. "Ne pleure pas ma chérie" me dit mon grand-père. "Et même si c'est difficile, il faut aller voter". Deuxième tour des élections : mon bulletin tombe dans l'urne. Pincement au cœur.

Je regarde la droite détruire la France. Je peste contre la gauche qui n'arrive pas à se réveiller de sa torpeur. Je ne crois plus au système politique tel qu'il est. Je participe à des manifestations, à des débats, je cherche de nouvelles initiatives sur le net. Ce qui se passe en France n’est que le pâle reflet de ce qui se passe dans le Monde. Le MEDEF méprise les travailleurs, les Pays Industrialisés méprisent le Tiers-Monde. On ne peut pas continuer impunément à opprimer des peuples entiers pour des intérêts purement économiques. Je regarde du côté des alter-mondialistes. Mais je n’ai jamais pu appartenir à un groupe. Tout système organisé finit par être corrompu.

Deux mille ans de civilisation, la belle blague ! Tout être humain devrait pouvoir se nourrir, s’instruire et se soigner gratuitement. Quand je pense à tout ça, la colère m’envahit. Je rêve de révolution. Seulement, j’ai bien peur que l’être humain soit incapable de construire un monde meilleur.

Mais depuis que j’écris, je suis comme déconnectée. Les nouvelles me parviennent par hasard, filtrées par le brouhaha de mes pensées. Ma colère n’a pas disparu, elle est juste en stand by. Laisser une trace de son passage sur Terre, c’est dit-on, planter un arbre, faire un enfant et écrire un livre. J’ai déjà planté un arbre. Je ne sais pas si j’aurais un jour un enfant. C’est peut-être l’instinct de survie qui me pousse à écrire. Je ne m’arrêterais que lorsque j’aurais fait le tour de tout ce qui fait de moi celle que je suis.

Je baille, il est cinq heures du mat. Il faut que je dorme. Heureusement on est déjà dimanche.


20.04.2006

Que Reste T'Il De Nos Amours... (Suite)



Que reste-t'il de nos histoires d'amour quand le temps a effacé la douleur ? Cette question s'accroche à mes souvenirs. J'ai évoqué mon premier amour, amour d'enfance qui m'a permis d'aimer et d'aimer encore.

Mon deuxième amour, amour d'adolescence, beau brun aux yeux charbon. Il s'était fabriqué une cabane dans la forêt dont il avait tapissé le sol d'une épaisse couche de paille. On y passait tous nos mercredis après-midi à rigoler, à discuter, à s'embrasser. De cet amour là, il me reste les premières sensations physiques, la découverte des plaisirs que provoque une main autre qui caresse votre corps. Ce corps, mon corps, qui n'était plus celui d'une enfant et pas encore celui d'une adulte, c'est avec lui que j'en ai éprouvé les contours pour la première fois. C'est étrange mais je garde des images nettes des moments passés avec lui. Comme si c'était hier. Je me souviens de la lumière qui filtrait entre les rondins de bois, de l'odeur de la paille, de l'éclat de ses yeux quand nos visages se rapprochaient...
Nous n'avons jamais couché ensemble. Ce n'est que l'été d'après que j'ai tenté l'expérience lors d'un séjour linguistique eu Angleterre, avec un anglais (c'est original). Pur aspect technique, aucun plaisir, juste un souvenir vague et une pensée qui revennait en boucle pendant qu'il s'agitait en moi : c'est ça, faire l'amour ?

Ensuite les amourettes se sont succédées. Rencontres sans importance et sans plaisir. Il faut dire qu'à l'époque j'étais plutot dans une période masculine. Lycée technique où j'étais une des dix rares filles sur le millier de lycéens, puis IUT de Génie Mécanique. A ça, vous rajoutez une mère féministe qui m'a bassinée toute ma jeunesse sur la méchanceté et la lacheté des hommes...

Et puis il y a eu la rencontre avec celui qui allait être mon mari. Il était drole, intelligent, cultivé, un côté Keanu Reeves dans le physique. Il arrivait du Mexique pour faire le tour de la vieille Europe. J'ai pris mon sac à dos et je suis partie avec lui. Un an d'exploration culturelle... et intime. Découverte de la complicité amoureuse, de la vie à deux. Huit ans après, on s'est réveillé avec la vision d'une amitié profonde qui s'était désinvestie de tout acte amoureux. De cette histoire là, il me reste l'ouverture au monde, l'amour de l'art, la passion pour la psychanalyse. Il me reste des livres, des disques, des souvenirs. Il me reste surtout cette idée profonde et infinie que l'amour existe.

Longtemps après, il y a eu Olivier. Aujourd'hui, je me dis que ce n'était pas vraiment une histoire d'amour. C'était surement de la passion. Une histoire qui n'arrive qu'une fois dans l'existence mais qui bouleverse tout. Une histoire qui vous marque à jamais. C'est avec Olivier que j'ai ressenti ce que c'est qu'être une femme.

Ensuite... toutes les histoires ne sont pas de bons souvenirs... ensuite, il y a eu celui qui m'a fait entrer dans une réalité difficile à accepter : en amour, il existe aussi la trahison. J'aurais pu rester amère. Ne plus jamais faire confiance à un homme. Mais tout est expérience. C'est après cette histoire que j'ai su distinguer l'amour et le plaisir physique. C'est après cette histoire que j'ai acquis une certaine liberté.

Les hommes qui ont fait partie de ma vie ensuite ont été importants mais pas sur le plan amoureux à proprement parlé. Ils m'ont accompagné jusqu'à ce que je retrouve l'envie d'aimer et d'être aimé. Jusqu'à ce que je trouve celui qui a été mon dernier amour. Mais de lui, je ne vous dirais rien aujourd'hui car le propos de toute cette réflexion était : Que reste-t'il de nos histoires d'amour quand le temps a effacé la douleur ?

Et le temps n'a pas encore accompli son oeuvre...

18.04.2006

Que Reste-T'Il De Nos Amours...

Un moment de repos allongée sur le dos au milieu du salon. Les idées vagabondent aussi vite que mes yeux explorent l'espace. Treize ans que j'habite dans cet appartement mais j'ai soudain l'impression de le découvrir.
Je pense à ce coup de fil, je pense à cet avant, je pense aux hommes qui ont traversés ma vie, je pense à mon ex mari. Je ne me souviens plus de ce qu'était le quotidien avec lui. On a pourtant vécu ici deux ans avant qu'il ne parte. On a pourtant vécu huit ans ensemble.
Une question. Que reste-t'il de nos histoires d'amour quand le temps a effacé la douleur ? Je me mets à fredonner la chanson de Trenet :


...Et dans un nuage le cher visage
De mon passé

Les mots les mots tendres qu'on murmure
Les caresses les plus pures
Les serments au fond des bois
Les fleurs qu'on retrouve dans un livre
Dont le parfum vous enivre
Se sont envolés pourquoi?

Que reste-t-il de nos amours
Que reste-t-il de ces beaux jours
Une photo, vieille photo
De ma jeunesse
Que reste-t-il des billets doux
Des mois d'avril, des rendez-vous
Un souvenir qui me poursuit
Sans cesse


Certains mots me touchent mais ce n'est pourtant pas la mélancolie qui anime mes pensées. Que reste-t'il de ces rencontres qui nous ont permis d'être ceux que nous sommes aujourd'hui ?
En fouillant dans mes affaires, j'ai retrouvé un texte que j'ai écrit il y a longtemps sur mon premier amour...


Le premier homme que j'ai aimé n'était pas encore un homme. C'était un petit garçon de six ans et moi je n'étais qu'une gamine du même age qui observait déjà le monde en silence. J'étais sous le charme de ses yeux verts, de ses belles boucles châtains. Les autres filles jouaient "à la princesse", moi je ne comprenait rien à ces jeux. Ce que je voulais c'était jouer avec lui. L'instituteur organisait des matchs de foot avec les garçons à la récréation. Alors j'ai demandé à mes parents : "Est ce que les filles ça peut jouer au foot ?" Pour des parents qui s'étaient battu pour l'égalité des sexes, cette question devait être une sorte de consécration. Le lendemain, forte de leur aprobation j'ai dit à mon instituteur que je voulais participer aux matchs. Et voilà comment j'ai passé toutes mes récréations de CP et de CE1 à faire des passes à mon "amoureux".
En fait lui, il était l'amoureux de toutes les filles. Comme on était toutes copines ce n'était pas grave. A cet age, l'amour est une chose sérieuse mais pas encore troublée par certaines convenances. Aujourd'hui je suis amoureux de toi, demain ce sera Sylvie ou Ghislaine, puis dans trois jours ce sera toi à nouveau. Il n'y avait même pas besoin de bisous, ou de se tenir la main, il fallait juste déclarer de qui on été amoureux.
Ce manège a duré jusqu'au collège. J'ai été déclarée une dernière fois officiellement son amoureuse, le temps des premiers baisers, et puis notre petit monde d'amis de l'école primaire s'est élargi. On regardait d'autres garçons, il regardait d'autres filles.
Plusieurs années plus tard, je l'ai croisé à la sortie d'un supermarché. Il était toujours aussi beau avec ses yeux verts et ses boucles châtains. Qu'est ce que tu deviens, je suis mariée, moi aussi, t'as revu un tel,... La discussion était des plus banale mais mon imagination allait bon train. Si je n'avais pas été mariée, s'il ne l'avait pas été non plus, si j'avais eu l'audace que je peux avoir aujourd'hui (beaucoup de si n'est ce pas ?), j'aurais surement fait en sorte de mettre des gestes sur cette histoire d'amour innocente.


On n'oublie pas son premier amour. C'est surement vraiment vrai. De cet amour là, il est resté la possibilité d'aimer et d'aimer encore...


14.04.2006

-4- Alors, C’est Vrai ?

La question qui tue : "Alors, c’est vrai ?" Qu’est-ce qui est vrai ? Que les Noirs ont des sexes monstrueux, qu’ils baisent comme des bêtes… Si tu veux savoir, adresse toi à quelqu'un d'autre, je ne suis pas ethnologue.

Fantasme de la femme blanche, complexe de l’homme blanc ou mythe de l’homme noir ? Qu’est-ce que je n’ai pas entendu comme âneries à ce sujet. Au début je pensais qu’il n’y avait que les Blancs pour bla-blater sur les attributs de l’homme noir. J’ai découvert que non. Un jeune Africain m’a soutenu, dur comme fer (jolie expression pour parler de lui) que l’impuissance n’existait pas en Afrique. Un Guadeloupéen me disait, comme pour se justifier, que si son sexe n’était pas très grand, c’est qu’il avait un arrière-grand-père blanc. Moi je ne le trouvais pas petit, son sexe. Esthétiquement, il était même d’une beauté rare. Un Martiniquais (plutôt bien doté, lui) voulait me convaincre que des statistiques prouvaient l’infériorité des Blancs. J’imagine un type payé à mesurer les bites d’un panel de deux mille hommes noirs et blancs, tous au garde-à-vous. Remarque, si le travail est bien payé, je veux bien le prendre. Mais comme dirait Nadia : "Tu le mesures d’où à où, le mec ?"

Tu le mesures du Pôle Sud au Pôle Nord. La plupart des hommes prennent leur queue pour l’axe du globe terrestre. Ca commence petit, par celui qui pisse le plus loin, puis celui qui a la plus longue, celui qui bande le plus longtemps, celui qui baise le plus souvent… Comparer, forcément ça crée des conflits. Et hop, je te déclare une guerre ! Est-ce que nous les femmes, il nous viendrait à l’idée de comparer la profondeur de notre vagin ? J’ai toujours pensé que si on rendait la fellation obligatoire tous les matins, histoire de détendre l'atmosphère, il y aurait moins de problème sur Terre. Je plaisante… à peine.

Messieurs, l'essentiel ne réside pas dans la longueur, il faut surtout savoir s'en servir. D’un autre côté, si le garçon est bien équipé, il y a toujours moyen de prendre son pied. Même s’il est nigaud au lit. Et des nigauds, il y en a, chez les Blancs, les Noirs, les Rouges et les Jaunes. Surtout chez les Schtroumpfs, le Schtroumpf baiseur n’existe pas.

Je suis née au pays de l’Amouuuuur avec un grand A, et de la liberté sexuelle. Mais j’ai toujours trouvé le « Français » sans saveur. Mon premier amour était Polonais, mon premier amant était Anglais (peut-être pas de quoi se vanter), mon mari était Mexicain. Je me souviens de Seb l’Italien et de sa bouteille d’Amaretto, de Manu le Gitan andalou et de son accent belge, de Joe le Guadeloupéen et de ses cheveux dorés. Erotisme rime avec exotisme. Quand je dis que j’ai du sang espagnol, je vois dans les yeux de certains hommes non pas une étincelle mais un début d’incendie.

Le sexe, c’est comme la danse. Il y a ceux qui défilent sur des marches militaires (droit devant, au pas cadencé), ceux qui entonnent les chansons paillardes (S….e, je vais te la m….e bien p…..d !), ceux qui aiment Chantal Goya (Ce matin, un lapin…). Je suis plutôt Tropico-Caribo-Brasilo-Africo-R’n’Bo-Soul tendency.

Olivier m’avait demandé : "Tu écoutes de la musique quand tu fais l’amour ?" Toujours quand c’est possible. La première fois qu’on a couché ensemble, il a mis un CD de Guem et Zaka Percussions. Intensité animale d'une nuit ininterrompue de plaisir.

13.04.2006

-3- Noir & Blanc

Merde ! Moi qui pensait avoir juste raconté un passage de ma vie intime, je pourrais être accusée de racisme ? Oui, j’ai écrit plusieurs fois les mots Noir, Blanc et Nègre, mais c'était en réponse au livre de Laferrière.

Je ne me définis jamais comme Blanche. Facile, me direz-vous, peu de Blancs le font. Quoiqu’en y pensant, depuis mon enfance j’entends dire : "Que tu es blanche !" Plus blanche que blanc, allais-je devenir transparente au point de vouloir être noire ?

Je ne définis jamais mes partenaires comme Noirs (encore faut-il qu’ils le soient). Ce sont mes hommes, mes amants, mes amours. Ce sont des informaticiens, des footballeurs, des agents RATP, quand on me le demande. Ils viennent de banlieue, d’Allemagne ou des Antilles, quand les gens veulent en savoir plus. Ils sont célibataires, mariés ou pères de famille, mais ça, mieux vaut ne rien en dire.

Je n’utilise jamais le mot Nègre. Il évoque trop de cruautés passées. Mais de ne pas le prononcer n’évite en rien les cruautés présentes. Je le hais dans la bouche des racistes, je l’aime dans la bouche des Noirs. Petite, j’avais appris un poème (de Robert Desnos, il me semble). Je me souviens encore du début :

Sur les bords du Mississipi
Un alligator se tapis
Il vit passer un négrillon
Et lui dit : - Bonjour mon garçon…


J’adorai ce mot : négrillon. Pour moi ça voulait dire noir comme un grillon. Logique d’enfant.

La réflexion de Luis me turlupine. Je passe en revue les livres qui utilisent les mots Noir, Blanc ou Nègre. Je réalise que dans la littérature moderne, il n’y a que les écrivains noirs qui les utilisent ouvertement. Quand un Noir dit : je suis Nègre, c’est correct, quand un Blanc dit : tu es Noir, c’est du racisme. Je me gratte la tête. Parfois, l’être humain me fait chier. Comment arrive-t’il a déformer les mots les plus simples au point de les rendre méprisables. Et pourquoi doit-il tout classifier, tout ranger dans des cases ? Le jour où la planète va péter, je ne pense pas qu’il y ait une distinction entre les Noirs, les Blancs, les Jaunes, les Rouges ou les Schtroumpfs.

Un homme est un homme, et sa valeur vient de ce qu’il a à l’intérieur, du désir qu’il a d’avancer dans la vie. La couleur de la peau, pour moi, est un argument purement sensuel. Je n’y peux rien, la couleur chocolat, ça me fait fondre. Ce n’est pas plus scandaleux que la couleur des yeux, la forme des seins, la taille, la stature, l’allure, la voix ou la chevelure.

-2- Ecrire, Mais Pourquoi Faire ?

Le style de Monsieur Laferrière me fait l’effet d’une drogue : j’en veux encore. Je passe à la librairie et j’achète le seul titre de lui en rayon : "Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?" Mais comment fait-il pour trouver des titres pareils ?

Génial, il parle de son roman "Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer". Je retrouve l’humour et le charme de son écriture, tout est là, comme une continuité. Je me bidonne en lisant les réactions des gens à propos du titre du livre. Je pense à l’intérêt que j'ai eu pour ce titre bien des années avant de lire le roman. Je pense à la nuit précédente : lire un livre écrit par un Haïtien qui parle de sexe et de littérature, et entre deux chapitres du livre, faire l’amour avec un Haïtien (en se fatiguant, j’ai eu des courbatures toute la journée). Il faut que j’écrive à ce Dany Laferrière ! Je ne me reconnais pas dans ses Miz, trop bourgeoises, trop américaines, trop lointaines. Mais je me reconnais dans sa vision des choses, dans certaines de ses anecdotes, dans sa sensualité malicieuse. Je me reconnais dans nos différences aussi : il est un homme, je suis une femme, il est noir, je suis blanche.

Je prends un bloc-note et un crayon. Je me glisse sous la couette. Et là… plus rien. Pourquoi lui écrire ? "Monsieur, votre livre a bouleversé ma vie…" C’est nul ! Son livre n’a pas bouleversé ma vie, il a juste télescopé mon intimité...

L’autre jour, Luis m’a dit : "Ecrit un roman sur ta sexualité." Je lui ai répondu que je ne voulais pas m’ajouter à la liste des écrivaillons qui pensent que parler de leur cul va révolutionner la littérature moderne. Le sexe, ça a quelque chose de sacré, on ne doit pas en parler n’importe quand, n’importe comment. C’est peut-être pour ça que je veux lui écrire à Laferrière, il en parle religieusement, scientifiquement, magnifiquement, amoureusement, malicieusement, délicieusement, (je vais peut-être arrêter là pour les superlatifs). Il en parle comme j’en parle, mais en plus, lui, il sait l’écrire.

Je me relève pour mettre un CD : Voodoo de D’Angelo. "I love you, D’Angelo : Would U marry me ?" J’avais écrit ça sur son website, le soir où j’ai vu pour la première fois son clip « Untittled ». Midinette, moi ? Non, il faut voir le clip pour comprendre. Ambiance propice aux souvenirs : je décide de raconter la nuit de samedi, le livre, mon amant. Au bout de deux heures de ratures, je mets un point final à mon récit. Je m’endors comme on meurt.

De retour du boulot, je relis mon texte et décide de le rentrer sur mon ordinateur. C’est plus facile pour corriger. Je suis la reine du coupé/collé. Quand j’arrive à quelque chose de satisfaisant, je décide de l’envoyer à Luis par e-mail. Je n’en attends aucun commentaire. Ce texte n’est qu’une satisfaction passagère. Il n’arrivera jamais dans les mains de celui à qui il était destiné.

Luis m’en parle comme si j’allais en faire un roman : "C'est bien plus profond et empli de vie que les monstruosités de La vie sexuelle de Catherine Q ou Les Monologues du Vagin Soumis Refoulé. (Bon là il exagère, j’aime bien les monologues moi). Essaie d’aller plus loin, sous forme de chapitres ou de nouvelles. Il y a peut-être un mini souci. Si tu parles des Noirs comme tu le fais, cela risque de t'attirer les foudres de SOS Racisme et CONsorts qui t’accuseront de mettre en avant la différence de couleur."

10.04.2006

-1- Comment Faire l’Amour Avec Une Blanche Sans Se Fatiguer

J’ai enfin acheté : "Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer". Vaste programme, depuis le temps que ce titre m’interpellait.

Samedi soir, aucune sortie en vue, aucun rencard. Je me couche et je commence à lire. Mon mobile bipe. Texto : "Qu’est-ce que tu fais ce soir ?" Réponse : "Rien de particulier. Et toi ?" Texto retour : "Je serais chez toi dans 2 heures."

Il était dit que je passerais une soirée haïtienne. En attendant la réalité des caresses, je me plonge dans la sensualité des mots. Comment ne pas succomber : ça parle de sexe, de jazz, de littérature et de Freud. Je dévore.

Il sonne à la porte. J’ouvre : il m’embrasse, passe lentement sa main sur ma fesse. "Je vais prendre une douche." Va garçon, moi, je retourne sous la couette et je me replonge dans mon bouquin.

L’eau ne coule plus. Cachée derrière le livre, je le regarde s’essuyer : instant voyeur. J’aime le corps de cette homme, sa musculature, son allure. Il s’allonge sur moi, me prend le livre des mains, lit le titre et se marre. "C’est un de tes compatriotes qui l’a écrit." Il hoche la tête, amusé. Le livre glisse en bas du lit. L’heure n’est plus à la lecture.

Huit heures du mat, j’entends sa respiration. Je souris. Il fait jour : c’est la première fois qu’il reste au delà du lever du soleil. Je n’ose pas bouger, on ne sait jamais, il pourrait s’envoler. Du bout des doigts, je cherche le livre en bas du lit. Il en profite pour se coller à moi. Je love mes fesses contre son sexe endormi. Je sens son souffle régulier dans mon cou. Il dort profondément. J’aperçois sa main sur mon sein. La vision de ma peau blanche contre la peau noire de mes amants m’a toujours procuré un plaisir unique. C’est une vision qui vient toujours après l’amour, quand les corps s’enlacent dans un repos complice. Un frisson de bien-être parcourt mon corps. Il me serre plus fort, pose un baiser sur mon épaule. Il continue sa nuit, je reprends ma lecture.

Mais pourquoi ai-je mis si longtemps à me procurer ce bouquin ? En me posant la question, je me dis qu’il n’y avait qu’à cet instant précis que je devais le lire, dans les bras de cet amant-là, ce jour-là. A cet instant unique de ma vie de femme, de ma vie de Blanche qui a fini par avoir plus d’amants noirs qu’elle n’a eu d’amants blancs. C’est un peu par hasard, beaucoup par sensualité, certainement parce que petite, je voulais tellement être noire que j’avais fini par y croire.

J’ai terminé le livre. Il desserre son étreinte et roule sur le dos. Je me tourne vers lui. Il me sourit : "Alors, tu as la réponse ?" Je rigole. J’enjambe son corps et m’assieds sur lui. Son sexe dressé est une invitation non pas à la fatigue mais à l’épuisement.

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