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29.05.2006
-14- Les Amis De Mes Amants Sont Mes Amants
Kundera dit que dans un couple, ce qui se passe la première nuit, se répète tout au long de la relation. Cette image s’applique à Michel. Et à son esprit communiste.
Un mois après notre rencontre, Michel me dit que Kévin n’ose pas m’appeler mais qu’il aimerait se rattraper. Non, merci. La panne n’y est pour rien. Physiquement, il ne me plait pas. La première fois aurait été la seule de toute façon. "Je vois, me dit-il, tu fais ton marché." Ben oui, je choisis. Je ne suis ni une désespérée, ni la Sœur Térésa du cul. Michel rigole de mon expression. De temps en temps, il remet ça sur le tapis : "T’es sûre ?" Oui je suis sûre. Et en plus, je suis une tête de mule, plus on insiste plus je recule.
Un soir où il est passé me voir, il appelle un de ses cousins pour qu'il vienne le chercher. Il me demande s'il peut le faire monter le temps qu'il se rhabille. Je reste au lit pendant qu'il va lui ouvrir. Jocelin est immense, visage d'ange sur un corps athlétique. Michel se ballade à poil dans la chambre. Jocelin ne sait pas où se poser. Sa timidité me plait. Je tapote le coin du lit pour lui indiquer qu'il peut s'asseoir. On commence à discuter. Michel va prendre sa douche. Je me rapproche du cousin. Envie irrésistible de l’embrasser. Quelle douceur ! La couette glisse. Sa main caresse mes seins. Il s'allonge à côté de moi, tout habillé. On s'embrasse, encore et encore, comme deux enfants qui découvrent un plaisir inconnu. Sa main explore mon corps, glisse entre mes cuisses avec une délicatesse rare chez un garçon. Je ferme les yeux. Lente montée du plaisir qui vient mourir dans un soupir.
Michel nous sort de notre bulle. "Ca va tout les deux ?" Jocelin se relève tranquillement, ne me quitte pas du regard. Michel commence à s'habiller tout en nous parlant, comme si de rien n'était.
Jocelin vient souvent chercher Michel. On s'aime bien. Mais on n'a jamais cherché à aller plus loin.
Un dimanche matin, Michel m'appelle. Il sera chez moi vers quinze heures. Quand j'ouvre la porte, surprise ! Il a "oublié" de me dire qu'il ne serait pas seul. Il me présente Patrick. Je leur propose à boire. Je prétends avoir encore deux ou trois choses à faire. Je vais dans la salle de bain. Je plie mon linge propre pour essayer de me calmer. Au bout d'un moment, Michel vient me voir. Je lui saute sur le poil.
- Comment peux-tu me faire ça ?
- Allez, ce n'est pas la première fois que tu couches avec deux mecs.
- Peut être, mais je n'aime pas qu'on m'impose les choses. T’aurais pu me demander mon avis.
- Ce n'est pas grave.
- Non, ce n'est pas grave. Quand vous aurez bu vos verres, vous partirez et tu reviendras un autre jour.
- S'il te plait, j'ai trop envie de toi. Ca fait longtemps. Tu sais que je bosses comme un fou, je ne sais pas quand je vais pouvoir revenir.
- Je m'en fous.
Il me prend dans ses bras. Je me raidis, insensible à ses baisers, décidée à ne pas céder.
- Caresses de chien donnent des puces.
- Tsss. Je ne me sentais pas très en forme. Je ne voulais pas te décevoir, alors j'ai amené Patrick en renfort. Tu connais mon côté communiste.
J'étouffe un rire. Il est trop. Je l'embrasse.
- J’aurais préféré être seule avec toi.
On rejoint son invité. On discute un peu, histoire de faire connaissance. Les mains se font caressantes. La délicatesse de Patrick me rassure.
Michel n'est vraiment pas en forme. Pas de problème côté sexe. Ca fonctionne quoiqu'il arrive. Il se retire pour aller faire un tête à tête avec la cuvette des toilettes. Je continue avec Patrick. Son style me plait. On parle le même langage. Je sens qu'on peut aller loin. Mais la situation ne le permet pas. Michel revient. Ignorant ce qu’il se passe dans le lit, il s’allonge, m'enlace et pose sa tête sur mon sein, comme le grand gamin qu’il est. Patrick lui dit : "Ce n’est pas parce que tu n’as plus faim, que tu dois priver les autres." Déconcentration garantie. Essayez de faire l’amour avec le fou rire ! Le garçon est forcément délogé du nid douillet où il tente désespérément de se maintenir. Michel et Patrick commencent à s’envoyer de fausses insultes. Je suis aux anges.
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26.05.2006
Bref Instant D'Eternité
Je sortais d'une de mes séances d’analyse. Je pensais à cet intérêt soudain pour les grands hommes du siècle dernier, aux hommes qui désertent ma vie (disons plutôt aux hommes que je déserte), aux deux kilos pris dernièrement, à la soupe de légumes que j’allais me faire en rentrant, à mon envie de lire un roman, au boulot qu’y m’attendait ce week-end, à ce que j’allais écrire, au besoin de dormir un peu plus, à l’ongle que je venais de me casser, au froid qui me mordait les pieds, à mon bus qui venait de me passer sous le nez...
Un autre bus arrive mais ce n’est pas le mien. Quand il redémarre, j’entends une voix d’homme qui dit : "C'est incroyable."
Je me retourne et je vois un vieil africain qui me regarde.
"C’est incroyable, répète-t-il. Deux visages. Celui de cette femme qui vient de monter dans le bus et le votre. Le sien dégageait tant d'amertume et le votre tant de sérénité. Un visage comme le votre… c’est rare. Vous m'avez apporté la paix. De vous contempler m'a réchauffé le cœur."
Je me suis sentie bizarre… surprise par la situation, par la spontanéité de cet homme, par les mots qu’il me disait, par la beauté sage et puissante de son visage.
"Ce sont des paroles comme les vôtres qui réchauffent le cœur", ai-je répondu.
Pas de sourire, juste un regard comme un merci mutuel. Le bus est arrivé. Nous sommes montés, la foule nous a séparé. Mais devions nous continuer à nous parler…
Quelques semaines plus tard, même heure, même arrêt de bus, autres pensées. Il était là. Le printemps naissant nous avait soulagé de nos vêtements d'hiver. Je ne l'avais pas reconnu jusqu'à ce qu'il me dise : "Comment oublier un tel sourire".
Nous avons engagé la conversation. Nous nous sommes souvenu de l'hiver mordant qui était derrière nous. Cela me rappela Stockholm. Il y était allé aussi. Nous échangeâmes nos impressions sur ces contrées du Nord que nous avions tous deux parcouru. Le bus est arrivé. Nous nous sommes installés face à face dans un silence gêné, comme si la lumière crue allait dévoiler nos secrets. J'ai sorti de mon sac un livre d'Alain Mabanckou. Il m'a souri mais n'a rien dit. Mais là encore, devions nous continuer à parler...
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23.05.2006
-13- Ce Que Veut Une Femme
Olivier m’a faite Femme. J'ai ensuite grandi avec mes trois amants : Tony, Rosan et Michel.
Mais ce que veut une femme, je n'en sais toujours rien.
Après ma dernière rupture, je sais que je ne veux plus. Je ne veux plus me donner entièrement, aveuglement. Je ne veux plus vivre dans la dépendance. Mais je ne veux pas renoncer à aimer. Je veux juste aimer autrement. On ne peut pas construire une relation si on n’a rien à offrir. Je décide de prendre ma vie en main. L'amour sera un plus, pas un tout.
Etre victime de l'infidélité et devenir maîtresse. Paradoxe parfois dur à accepter. Une fois ma colère passée et le sentiment de vengeance épuisé, je ressens une aversion soudaine pour mes amants. Ils ne valent pas mieux que mon ex à tromper leurs femmes. Je ne décroche plus le téléphone, je ne veux plus les voir.
Mais c'est que ça s'accroche ces bêtes là ! Je suis déstabilisée par leur ténacité. Que me veulent-ils ? Que suis-je pour eux ? Pendant un an et demi, j'essaie de provoquer leur disparition en feignant de m'éloigner. Mais rien n'y fait. Ils insistent, viennent aux nouvelles, m’arrachent des rendez-vous. Je veux bien penser que je sois un « bon coup », mais ce n'est pas une raison suffisante. Naïve celle qui croit que l’homme dont elle est la maîtresse n’a plus de relations sexuelles avec "l’officielle". Mais justement, en quoi suis-je différente de leurs femmes ? L’évidence me saute un jour aux yeux. Ils ne partagent avec moi que des moments de plaisir. Pas de quotidien, pas de routine, pas de tracas, pas de dispute.
Je décide de ne plus me poser de questions. Ce qui est vrai pour eux l’est aussi pour moi : je n’ai pas à subir les inconvénients d’une relation de couple. Je me sens libre. Je commence à apprécier le fait qu’ils me soient quelque part fidèles à leur manière. Absorbée par des projets professionnels, je n’ai plus le temps de partir en chasse. Alors pourquoi refuser le festin qui m’est offert. Avec chacun d’eux une intimité s'est tissée. Je connais leurs envies, leurs manies. Leurs différences fait la qualité de la situation. Ils sont un seul homme en plusieurs. Je suis plusieurs femmes en une seule.
Trois amants. "Comment tu gères ?" Facile. Lieu : chez moi. Fréquence : chacun la sienne, selon mes disponibilités. Il n’y a rien à gérer. On doit gérer quand il y a des sentiments, ou quand on ment. Pour moi, rien de tout ça. Ils sont tous au courant de l’existence des autres. Il n’y a aucun contrat moral, juste du respect. Tout peu finir du jour au lendemain, pas besoin d’explication. Ils m’ont montré que pour eux, il n’y a aucune raison que ça s’arrête.
Trois amants. C’est beaucoup et c’est peu à la fois. C’est beaucoup dans le regard des autres. C’est peu quand on se sent seule le soir. Mais il faut faire des choix. Les moments de solitude passent vite. J’ai une vie bien remplie, professionnellement, intellectuellement, culturellement. Plus important encore, j’ai des amis sur lesquels je peux compter, quoiqu’il arrive. On partage les bons et les mauvais moments, les éclats de rire et les coups de blues. Ils sont la famille que j’ai choisi au fil des années. Je suis fière d'avoir noué avec eux quelque chose d'inaltérable, d'inépuisable, d’éternel. Chose qu'il est rare de réussir dans un couple.
Des amis pour la vie et des amants pour le fun. L’amour finira bien par retrouver sa place un jour.
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20.05.2006
-12- Michel
Fin septembre, Jimmy m'appelle : "J'ai décidé d'être plus sérieux avec ma copine. Je ne veux plus la tromper. Je voudrais te présenter deux copains. Ils sont cools. Tu peux dire non (encore heureux), n’en prendre qu’un ou faire un lot."
Tony est à Agadir avec Valérie, Rosan a laissé entendre qu'on ne se reverrait plus, Jimmy est en train de me faire ses adieux. Je ne veux pas me retrouver seule.
Je tombe sous le charme de Michel. Physique de basketteur, petites lunettes d'intello, beaucoup d'humour. Kevin par contre, n'est pas du tout mon genre. Trop petit, trop mince. Sa copine vient de le quitter, il n'a pas vraiment envie de faire des civilités. On discute tranquillement. Jimmy me demande à l'oreille s'il peut me laisser en leur compagnie ou s'il les embarque avec lui. Va en paix mon garçon. Je vais m’arranger. Il m'embrasse sur la joue et part. Je ne le reverrais plus. Il m’appellera de temps en temps.
La conversation est agréable. Je demande aux deux garçons comment ils se sont connus. Michel et Jimmy ont grandi dans le même quartier de banlieue. Ils ont rencontré Kevin au collège, à son arrivée d'Haïti. Ils sont devenu inséparables. On parle d'Haïti, on dérive sur la Guadeloupe, où les parents de Michel sont nés, et on atterrit à Cuba. Michel et Kevin y sont allés l'année précédente. On échange nos impressions sur ce pays. La discussion est passionnée. On parle de Castro, de ses bons et de ses mauvais côtés. Michel me déclare que lui et Kevin sont de vrais communistes. Ils partagent tout. On y arrive ! Je réponds que parfois j'ai l'esprit capitaliste, que j'aime cumuler certaines richesses. Cependant, c’est mon côté humaniste qui me perdra. Je passerais bien un marché exclusif avec Michel. Mais Kevin me fait pitié.
Tout commence lentement. Trop lentement. Kevin, obnubilé par sa récente rupture, est en panne sèche. Il a beau râler, pester, son sexe a décidé de faire grève (c’est ça la masse laborieuse). Le mouvement social s’étend à toute l’entreprise. Par solidarité, nous arrêtons toute activité. On se rhabille. Michel est désespéré, désolé, frustré. Avant qu’il s’en aille avec son camarade syndiqué, je lui glisse à l’oreille :
- Ce n’est que partie remise. Appelle-moi.
- Je n’ai pas ton numéro.
- Demande à Jimmy.
Le lendemain, le téléphone sonne. Il propose de se revoir en tête à tête.
Michel aime faire l’amour comme on aime les fruits natures. Il n’a pas idée qu’on peut les accommoder de différentes façons.
D'habitude je reçois mes amants en tenue légère. Comme Michel n'est pas un marathonien, je reste habillée, très habillée. Le temps qu'il passe à m'effeuiller fait durer un peu plus nos corps à corps. Une fois nue, je prends les choses en main. Il se laisse faire avec une passivité enfantine. J'adore sa façon de demander une petite gâterie. Très poli, jamais de mot vulgaire, toujours au subjonctif. Les hommes, en général, utilisent plus facilement l'impératif pour ces choses là. Je ne sais pas pourquoi je me suis attachée à ce grand dadais qui ne ressemble en rien à l'amant idéal. Peut-être parce que sa docilité n'est pas feinte comme chez certains. Sûrement parce qu'il compense sa maladresse par de longues discussions et beaucoup de tendresse.
Malheureusement Michel a un gros défaut : il est pantouflard. A trente-quatre ans, il habite encore chez papa-maman. La vie coule sur lui sans jamais le faire bouger. Il avait une petite amie officielle. Un jour il m’annonce : « Je vais rompre. Je la rends malheureuse. Je ne lui donnerais jamais ce qu'elle attend ». Michel n'a pas envie de changer. Sa vie est parfaite telle qu'elle est. La seule chose qui l’enthousiasme, c’est son boulot. Tout le reste lui demande un effort. Au début, il venait me voir toutes les semaines. Maintenant, il m’appelle quand il réalise qu’il y a longtemps qu’il n’a pas fait l’amour.
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17.05.2006
Compte A Rebours De L'Oubli
Premier rendez-vous, première étreinte, premier baiser. Premier repas abandonné avant le premier dessert, pour un premier désir, des premières caresses, des premiers plaisirs. Première nuit blanche, premier au revoir, premier à bientôt ? Un premier rappel, juste comme ça, juste pour savoir… est-ce qu’on peut se voir ? Premier émoi. Et si cette fois … ?
Premières ballades dans Paris, premières sorties, premiers souvenirs. Premières surprises, premiers cadeaux, premières attentions. Premier week-end, premiers fou rires, premiers délires, premières complicités.
Premier effroi pour un premier je t’aime. Premier doute effacé par une première certitude : l’amour.
Première éloignement parce que la famille, parce que les vacances. Premier sentiment de manque. Premières retrouvailles passionnées.
Et un jour, premier assombrissement. Première intrusion de la réalité dans le rêve. Premier tiraillement. Premier pourquoi ? Premier cri pour une injustice.
Les premières larmes pour une dernière nuit, un dernier regard, un dernier au revoir. Premières souffrances dans le silence de mes nuits blanches…
Le temps passe, les larmes sèches peu à peu, le temps de s’habituer au vide que tu as laissé.
Arrive ce qui aurait du être un premier anniversaire. Les souvenirs s’affichent, les pincements au cœur réapparaissent.
Penses-tu à ces premières fois ? A ce premier baiser de ce premier jour de l’an qui devait porter chance à notre amour naissant ? L’endroit où tu m’avais emmené était ridiculement beau. Romantisme à la manière de quelqu’un qui se défend de l’être. Comment ne pas t’aimer ?
Comment ne plus t’aimer …
Quelques jours encore… jusqu’au souvenir de cette dernière nuit, de ce dernier regard, de ce dernier au revoir.
Quand cessera ce compte à rebours de l’oubli… de l’oubli de ta voix, de ton odeur, de tes mots.
Quand cessera ce compte à rebours de l’oubli de tout ce qui me rattache encore toi…
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14.05.2006
-11- Rosan
Rosan revient me voir une semaine après notre partie à trois. C'est son anniversaire. Il a le cafard. Il s’assied devant mon PC. Il sélectionne quelques mp3, lance le lecteur. Il se tourne vers moi. Me pose des questions sur mon ex, mon boulot, ma vie. Je lui réponds. Je ne lui pose aucune question en retour. Il me racontera s’il veut.
Les femmes parlent trop en général. Avec le temps, j’ai appris à ne rien dire. Je suis une maîtresse muette. La femme à qui on n’a pas de compte à rendre. Mes amies me disent que je devrais poser plus de questions, exiger plus de mes amants. Pourquoi faire ? Je ne les veux pas comme compagnons. Ils trompent leurs femmes. Pourquoi agiraient-ils mieux avec moi ? Et ma façon de faire ne doit pas être si mauvaise, puisqu’ils reviennent régulièrement.
"Alors Rosan, elle est passée où la chaleur guadeloupéenne ?" Il esquisse un sourire. Je m’assieds à califourchon sur ses genoux. Je caresse son crane rasé. Je descends le long de son cou, de ses épaules. Mes mains se resserrent sur ses biceps. J’aime les hommes musclés. Puissance protectrice. Sensualité des formes. Nos regards se croisent. Je me mords la lèvre. Il resserre ses bras autour de mon bassin, me soulève et me pose sur le lit.
Il y a de la rage dans sa façon de me faire l’amour. Son regard ne quitte pas le mien. Par défi, je ne ferme pas les yeux. Même quand je sens la première explosion de plaisir. Il maintient le rythme. La colère le stimule. Au bout d'un moment, je sens bien qu'il m'a oublié, qu'il est ailleurs. Je pose ma main sur ses yeux et lui murmure : "Lâche toi." Il rejette sa tête en arrière. Pousse un cri de libération. Il reste campé sur ses avant-bras, me regarde. Son visage paraît moins grave.
Il n’a plus jamais joui de cette façon.
Il se rhabille. Pas un mot. Sur le pas de la porte, il me dit : "Ma femme rentre demain. On ne se reverra plus." Adieu Rosan.
Un mois plus tard, mon portable sonne, son nom s’affiche : "Je peux passer ?"
Lingerie sexy et une pointe de perversité font le bonheur Rosan. Il agit comme s’il avait tout appris dans les films pornos. Attitude de proxénète, il passe sa main dans ma culotte en guise de bonjour. En réponse, je passe ma main le long de sa braguette. Il a instauré des rituels. Il s'assied sur la chaise, je m'allonge sur le lit. On discute un peu. Une phrase coquine ou un geste implicite, c'est toujours moi qui provoque le début des hostilités. Sinon, il peut repartir sans me toucher. Ce garçon est étrange. Après nos ébats, il ne reste jamais à mes côtés, il file sous la douche. Souvent je vais dans la salle de bain avec lui. Je m'assieds sur le lavabo, pose mes pieds sur le rebord de la baignoire et on parle. On continue la conversation pendant qu'il se rhabille. Un petit bécot et il disparaît.
Il me pose toujours des tas de questions sur les autres. Au début, je ne voyais pas pourquoi. Un jour, il me demande :
- Et si tu rencontrais un homme dont tu tombes amoureuse. Que se passerait il ?
- C'est simple, quand j'aime, je suis fidèle. Je vous virerais tous autant que vous êtes.
- Même moi ?
Et là, je comprends. Rosan ne se considère pas comme un de mes amants. Il se place au dessus de la mêlée. Je fais partie de son cheptel, pas le contraire. Je suis « sa » maîtresse, il n'y a pas de réciproque. Savoir que j'ai d'autres hommes dans ma vie le stimule. Se croire plus performant qu'eux le fait bander. Je ne démens pas. Je rentre dans son jeu. Fantasme de la femme publique sans risque et sans regard extérieur.
A chacune de ses visites, il m’en raconte un peu plus sur sa vie. Bien des mois plus tard, il me dit qu’il a un petit garçon de 28 mois. Rapide calcul, le gamin était à peine né quand on s’est rencontré. Je suis sur le cul, il ne m'en avait jamais parlé. Les hommes sont incroyables.
Parfois sa froideur, son manque de générosité me dérange. Coucher avec Rosan nécessite un certain état d’esprit. Il m’arrive de prétendre que je ne suis pas libre quand il m’appelle. Je me dis qu’il pourrait disparaître de ma vie sans que j’en sois attristée. Mais de savoir qu’il me désire, qu’il continue à venir, me rassure. Pur orgueil.
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11.05.2006
-10- Tony
Je rame toute la journée. Le manque de sommeil. L'expérience de la veille. La rupture avec mon ex. Le trouble que m'a provoqué Tony.
Pourquoi ne m'appelle t'il pas ?
Il ne le fait que le lendemain. « J'ai revu Valérie. Elle est fragile en ce moment, je ne veux pas lui faire de la peine. C'est mieux de ne pas se revoir pour le moment. » Ce garçon se prend pour Zorro. Et moi pour une fille cool.
Je me sens seule.
J'aime faire l’amour. Ca parait banal et pourtant. Ma liberté peut être mal interprétée. Si je montre mon cul, on ne voit plus mon cœur.
J'écoute Valérie me raconter le début de son nouveau bonheur. Tony est adorable avec elle. Comme sa compagne est en vacances, ils passent toutes les nuits ensemble. Il doit partir quinze jours au Maroc avec un cousin. Il lui propose de l'accompagner. Au retour, Valérie est sur un nuage. Elle pense qu'il va quitter sa femme pour s'installer avec elle.
Elle veut que je dîne avec eux. J'esquive. Au téléphone, il est facile de mentir. J'imagine mal un face à face.
Peu à peu, je m'éloigne. Elle m'appelle de temps en temps. Elle me raconte son impatience. Tony n'arrive pas à faire un choix entre elle et sa femme. Un jour, je n'ai plus de nouvelles.
C'est Tony qui me rappelle quelque semaines plus tard :
- Tu vas bien ?
- Oui et toi ? Tout va bien avec Valérie ?
- Je ne suis plus avec elle.
- Ah bon, qu'est ce qui s'est passé ?
- Ma femme est enceinte, elle n'a pas supporté.
- Je la comprends.
- On aurait pu rester amants.
- Je pense qu'elle attendait plus de votre relation.
- Je ne lui avais rien promis.
- C'est bizarre qu'elle ne m'ait pas appelé pour me raconter
- Euh... c'est normal. Dans la conversation, je lui ai raconté notre folle nuit avec Rosan.
Zorro a perdu son masque. Il me demande si on peut se revoir. Je ne dis pas non.
Nous passons de bons moments. Nous rions beaucoup, même en pleine action. La tendresse semble innée chez lui. Je comprends que Valérie soit tombée dans le piège.
Même s'il est toujours pressé (Qu'est-ce que je vais dire à ma femme ?), Tony sait prendre son temps. Tempo variable. Pause quand le plaisir vient trop vite. Caresses, baisers, mots doux susurrés à l'oreille. Reprise du mouvement. Jamais de précipitation. Il est de ceux qui apprécient plus le chemin à parcourir que la ligne d'arrivée.
Certaines détestent que leur amant parle de leur femme. Ca ne m’a jamais dérangé. J'ai une conception particulière du trio adultère. Je ne suis pas en compétition avec la femme, je n'attends rien du mari. Pas d'engagement, peu d'attachement, juste un peu de complicité.
Un soir, Tony me confie :
- Je n’ose plus la toucher. J’ai peur de faire mal au bébé.
- Ce n’est pas parce qu’elle est enceinte qu’elle n’a pas d’envies. Tu en as parlé avec elle ?
Je réalise à quel point un homme peut idéaliser la femme qu'il aime. Au point de la tromper. Etrange paradoxe.
Depuis que sa fille est née, on se voit moins souvent. Mais il y a toujours un plaisir presque enfantin à se retrouver. On joue à être amants.
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08.05.2006
Théorie Du Chaos Amoureux
Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rencontres.
J’ai mis des années à comprendre cette phrase. Je l’ai depuis vérifiée maintes fois.
Le seul hasard est celui de la naissance. Sans parodier la chanson de Maxime le Forestier, on ne choisit ni le lieu, ni les conditions de sa naissance. Pour l’enfant qui naît, c’est vraiment un hasard. Ce ne l'est pas pour ses parents qui ont décidé de sa venu au monde.
Qu’est-ce qui rend les « collisions » amoureuses si chaotiques à nos yeux ? Il y a bien une part aléatoire dans chaque rencontre, mais ça ne suffit pas. On peut croiser quelqu’un sans le voir. On peut lui être présenté sans y attacher d’importance. Ce qui fait la force d’une rencontre, c’est la disponibilité de chacun, c’est le désir d’en faire un évènement significatif. Rien de bien hasardeux finalement, rien de bien mystérieux… Mais justement, n’est-ce pas la part de magie qu’on veut y voir qui nous fait nous accrocher à l’idée que l’amour est une grande loterie ?
Ne rêve-t-on pas d’un moment spécial dans un endroit spécial pour rencontrer cette personne si spéciale qu’on a idéalisée ? Et au final, ce rêve n’est-il pas une excuse pour nous plaindre de nos déboires amoureux ?
Faut-il arrêter de rêver ? Faut-il arrêter d’y croire ?
Le rêve nous aide à supporter l’insupportable. L’espoir qu’il existe un meilleur avenir, une autre histoire, un autre ailleurs nous aide à supporter la douleur du passé. Ne cessons pas de croire au hasard des rencontres, en amour il n’y a pas d’ordre possible. Il y a par contre toujours moyen de donner un coup de pouce au destin.

"Le préjugé foncier est de croire que l'ordre, la clarté, la méthode doivent tenir à l'être vrai des choses, alors qu'au contraire, le désordre, le chaos, l'imprévu, n'apparaissent que dans un monde faux ou insuffisamment connu, bref sont une erreur ; c'est là un préjugé moral, qui vient de ce que l'homme sincère, digne de confiance, est un homme d'ordre de principes, et a coutume d'être somme toute, un être prévisible et pédantesque. Mais il est tout à fait impossible de démontrer que "l'en soi" des choses se comporte selon cette définition du fonctionnaire modèle"
F. Nietzsche
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05.05.2006
-9- 1+1+1
J’ai toujours la rage. Deux ans de ma vie pour un beau parleur. Il me rappelle, dit qu’il n’aime que moi, qu’il a quitté l’autre, me promet la lune et les étoiles. Je le laisse parler, lui laisse croire que je le pardonne. Il faut se méfier d’une femme en colère.
C'est la fin août. Je décide d’aller en boîte avec Valérie, une fille que j’ai rencontré via le net. Le but n’est pas de danser. Elle veut noyer une peine de cœur, je veux mettre le mien à l’abri pour un moment. Et je ne connais que deux moyens : l’abstinence ou l’abus. L’abstinence, j’ai donné après mon mariage. Quatre ans ! Quand j’y pense, je n’arrive pas à me comprendre.
La boîte est bondée. Normal, on est samedi. Il y a du choix. Mentalement, je trie : trop jeune, trop petit, déjà pris, pas assez sensuel. Un gars regarde Valérie avec insistance depuis un moment mais elle, elle ne voit rien. Elle me dit : « On va prendre l’air, il fait trop chaud ». Elle fume une cigarette. On discute un peu. Quand il nous voit revenir, le gars sourit comme un bienheureux. Elle ne voit toujours rien. Série de slow : il l’aborde. Ouf ! Je les regarde danser, il la baratine, elle rigole. Pause. Elle me présente Tony. Il dit : « je reviens », traverse la piste et revient avec un ami. Plutôt mignon le garçon. Je l’avais vu danser avec une petite blondinette. « Salut, je m’appelle Rosan. Je viens de Guadeloupe, où il fait toujours chaud ». Ah oui, il me la joue comme ça ? D’un geste rapide je glisse ma main dans l’ouverture de sa chemise. Il est surpris :
- Qu’est ce que tu fais ?
- Je cherche le papillon. Tous les Guadeloupéens ont leur île autour du cou.
Un sourire coquin, un clin d’œil, une danse et il me demande : « Chez moi ou chez toi ? » On n'est pas là pour tergiverser, il est déjà tard. Aparté entre nénettes : "Je pars avec Rosan. Tu en profites pour quitter la piste ou tu finis la soirée avec Tony ?" Aparté entre mecs : "Je te ramène ou tu pars avec Valérie ?" Regards ahuris des deux intéressés. Ils ont besoin de plus de temps. Quelques zouks plus tard, Rosan et moi, décidons de partir : ils sont grands, ils vont se débrouiller.
Baiser ou faire l’amour ? Peu de gens font la différence. J’aime les deux. Un petit coup vite fait est aussi savoureux qu’une nuit passionnée. Coucher avec un inconnu peut être aussi exaltant que faire l’amour avec celui qu’on aime. Tout dépend du contexte, de l’état d’esprit. Rosan est l’amant idéal cette nuit là. Pour lui, le sexe est affaire de performance. Les sentiments, les caresses, les baisers, ce n’est pas son truc. La conversation non plus. Il arrive quand même à me dire qu’il est marié, qu’elle est en vacances. Au petit matin, il prend mon numéro de téléphone et s’en va.
Vers midi, j’appelle Valérie. Elle a ramené Tony chez elle. Ils n’ont rien fait car ils n’avaient pas de préservatif. Mais ils ont passé un bon moment à discuter et à s’embrasser. Ils doivent se revoir.
Monde moderne où l’on peut mourir d’amour. J’ai toujours un préservatif dans le sac. Que je m’en serve ou non, je sais qu’il est là. C’est comme un grigri. J’en fait cadeau aux copines qui se plaignent de leur célibat. Je l’offre aux adolescents qui veulent voir comment c’est. Je le donne aux vieux réacs qui disent que les jeunes générations ne connaissent plus le « vrai » plaisir.
Je n’en ai pas toujours mis. Le sida n’existait pas quand j’ai fait l’amour pour la première fois. On commençait à peine à en parler quand j’ai rencontré mon mari. Après, ça dépendait de mes amants. Mais un jour, prise de conscience : le sida est la seule maladie mortelle qu’on peut choisir de ne pas attraper. Je ne veux pas mourir. Maintenant, c’est avec, ou rien du tout. Les mecs qui font la moue n’ont plus qu’à se rhabiller.
Valérie me rappelle dans l’après-midi. Elle est en larmes. Son ex vient de lui téléphoner. Elle est bouleversée.
Je raccroche. Je vais prendre un bain. Je pense à ma propre histoire, à ce salaud à qui je faisais confiance. Je n’arrive pas à pleurer, la colère est trop forte. Je sors de l'eau. Je mets de la Salsa à fond. Celia Cruz : « La vida es un Carnaval ».
Que la vida es un carnaval
Y las penas se van cantando
Le téléphone sonne. C’est Rosan : « Je peux passer avec Tony ? On retourne en boîte ce soir, on pensait venir te faire un petit coucou. » Dans ma tête tout va très vite : hier - rapidité d’approche - éclate au lit – macho ramener copain. Ca sent le coup fourré. J’hésite… trois secondes. L’occasion est trop belle. J’ai souvent rêver d’avoir deux hommes dans mon lit.
Ils arrivent, je leur sers un verre. On discute. Ils ne sont pas à l’aise. Ils tournent autour du pot. Ca me fait marrer. Tony s’éclipse aux toilettes. Rosan m’attire sur le canapé. Dans un souffle, il me demande ce que je pense d’une partie à trois. Je joue les effarouchées : « Mais ça va pas toi ! » Tony revient et s’assied à côté de moi. Il a du reprendre confiance aux toilettes. Il se lance : « Tu as déjà fait l’amour avec deux mecs ? ». Et dire que l’Homme est capable de marcher sur la lune ! On se demande comment il a fait avec les gros sabots qu’il se traîne depuis des millénaires ! « C’est pas trop mon truc. » J'enchaîne : « Alors comme ça hier, avec Valérie, vous n’avez rien fait parce que vous n’aviez pas de préservatif. C'est bête, non ? » Je joue la fille, la chipie, la merdeuse. J’adore. Je ne leur laisse pas en placer une. Je leur pose des questions sur leurs boulots, leurs femmes, leur amitié. J’attends à peine les réponses. Quand je vois qu’ils pensent avoir perdu la partie, j’embrasse Rosan. Puis je me tourne vers Tony Je l’embrasse aussi. Allez, les gars, à poil !
Rosan et Tony, le Noir et le Blanc. L’un est sérieux, l’autre se marre. L’un baise, l’autre fait l’amour. Et moi au milieu, je savoure l’accord parfait des deux versants du plaisir. J’admire leur entente, je réponds à leurs attentes. Je m’offre à eux avec le sentiment de les posséder. Je suis à la fois celle qui honore et celle qui est honorée. Expérience inoubliable.
Minuit, le téléphone sonne. Vu l’heure, je devine qui ça peut être. Excusez-moi les garçons, j’ai une vengeance sur le feu.
- Salut. J’ai pensé à toi tout le week-end tu sais (ah oui ? C’est pour ça que tu ne m’appelles que maintenant ?). Je peux passer qu’on parle un peu de nous ?
- Non, là, c’est pas possible.
- Ah bon, pourquoi ?
- Parce que je suis occupé avec deux grands gaillards que j’ai rencontré hier soir en boîte. Je pense qu’on n’a plus rien à se dire. Va retrouver ta pétasse et laisse-moi tranquille.
Allongés sur mon lit, les garçons me regardent. Je me couche entre eux deux. Je me sens bizarre. Sentiment de fierté engloutie par la tristesse d’une histoire qui s’achève. Rosan ne sait pas quoi faire. Tony me prend tendrement dans ses bras. Rosan se lève, va dans le séjour, allume la télé. Tony commence à me fait l’amour. Lentement. Il me murmure qu’il veut qu’on se revoit. Il me fait fondre. La sensualité est une arme redoutable.
Rosan passe la tête par la porte. Tout est redevenu normal, il reprend sa place dans le trio. Vers cinq heures du matin, les corps n’en peuvent plus. Le sol est jonché de préservatifs. Rosan va prendre une douche. Tony me donne son numéro de téléphone, me demande le mien, me dit qu’il m’appellera demain.
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02.05.2006
-8- De l’Utilité D’Une Maîtresse
Juin 2001, je découvre que le gars avec qui je suis fréquente toujours celle qu'il était censé avoir quitté pour moi. De rage, je me connecte sur www.drague.net, pseudo d’attaque : Sista’Soul. La chasse est ouverte. Ce soir, j'aurais un autre homme dans mon lit.
Je laisse venir les questions, j'élimine les "T'es bonne ?" et les "Tu baises ?" Retourne chez ta mère, qu’elle t’apprenne à parler ! J'ignore les moins de vingt ans, je ne viens pas faire du baby-sitting. J'ai besoin d'un homme qui sache ce qu'il veut. La même chose que moi si possible. Au milieu des messages coquins : "Tu aimes la Black Music ?" Je ne sais pas pourquoi, j’écarte les autres et je discute musique avec Jimmy. Il sait parler le garçon. Il amène les choses en douceur, passe tranquillement de la musique à l’essentiel. Il n'habite pas trop loin et sa compagne ne rentre de week-end que tard dans la nuit. Avant de déconnecter, il me dit qu’il est guadeloupéen et demande :
- Tu es blanche ou noire ?
- Blanche comme le lait.
- Ce sera la première fois pour moi.
- Tu me diras si tu vois une différence.
Quand j’y pense, inviter un inconnu chez moi, après seulement une heure de discussion sur le net, c’est de la folie. J'ai de la chance. C'est un garçon sympa. Au premier coup d’œil, je vois qu'il n'est pas déçu. Moi non plus. Il est plutôt beau mec. Et, pas nigaud du tout. On s’amuse bien sur mon canapé.
J'aime les premières fois. Les hommes se surpassent toujours (ou alors, ils n'assurent pas du tout, mais là, pas de seconde chance). Ce soir là, Jimmy a mis du cœur à l'ouvrage.
Avant d'aller prendre sa douche, il croise ses doigts sur les miens et soulève nos mains au dessus de nos visages. "C’est beau" dit-il. Oui, c’est beau.
Il oublie sa montre sur le bord de la baignoire. J’adore ce genre d’actes manqués. Il revient la chercher quelques jours après. On se revoit encore une paire de fois et les vacances arrivent. Il part en juillet, moi en août, à Cuba. A mon retour, je n’ai pas posé mes valises que le téléphone sonne : "C’est Jimmy. Il faut que je te vois, c’est urgent." Que peut-il y avoir de si urgent ? "Passe demain, il faut que je dorme. J’ai le décalage horaire dans les pattes."
Il se pointe le lendemain avec un air de chien battu. "Je n’arrive plus à bander avec ma copine." J’ai envie de rire mais l’enjeu est de taille. On ne frappe pas un homme à terre. De plus, j’ai une réputation à tenir : je suis la maîtresse, il faut bien que je justifie mon utilité. Je dégrafe son pantalon et je lui fais la fellation du siècle. La fellation de sa vie apparemment : il m’avoue qu’avant de me connaître, il n’aimait pas ça. Pipe salvatrice : tout fonctionne à merveille. On discute. Sa copine veut un bébé. "Voilà pourquoi tu ne bandes plus mon gars ! Dis lui simplement que tu n’es pas prêt." Il se sent mieux. Il me fait l’amour. Il repart, sa virilité en bandoulière.
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