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07.06.2006

Je Le Regarde Dormir

medium_larmes.2.jpgJe le regarde dormir. J’écoute sa respiration, lente, légère. Celle d’un repos serein après l’amour. Ma tête est posée sur son bras. Les larmes coulent lentement de ma joue sur sa peau. Comment peut-on pleurer un homme en étant bien dans les bras d’un autre… Sur la platine CD, Marisa Monte chante : "Não suporto mais tua ausência". Cette phrase m’envahie. Je ne supporte plus ton absence, je ne supporte plus ton absence, je ne supporte plus ton absence…

Deux semaines que je rêve de toi toutes les nuits. Le réveil est insupportable. Je ne veux plus fermer les yeux, je ne veux plus rêver, je veux que tu quittes mes pensées, je veux que tu cesses d’envahir ma vie. Je veux… que tu reviennes.

Depuis ce dernier regard, ce dernier au revoir, je cherche à t’oublier. J’ai rencontré un homme, puis un second. Mais j’avais le cœur empli de toi. Et… ils n’étaient pas toi. J’ai rappelé mes anciens amants. Je pensais qu’ils me consoleraient. Voulais-je être consolée ? J’ai juste eu le courage de leur laisser espérer qu’on se reverrait.

Délinois... Il était le seul que je pouvais revoir.

Et je l’ai revu une fois. Une nuit entière passée à ses côtés. Troublée par ce corps qui ne m’était pas inconnu mais qui n’était pas le tien. Troublée par mon propre corps qui ne réagissait plus à ses caresses, qui avait soudain perdu le pouvoir d’éprouver du plaisir. Je l’ai revu une deuxième fois. La même impossibilité à me laisser aller. Il a voulu me revoir une troisième fois. J’ai trouvé mille excuses. Je ne voulais pas vivre l’évidence de ton absence à travers lui.

Deux semaines que je rêve de toi. La douleur est insupportable. J’attrape mon téléphone. Le repose aussitôt : un appel ne changerait rien à cette situation qui me dépasse. Les larmes coulent seules, parfois en silence, parfois en sanglots. Je ne comprends pas cet après-coup. Huit mois et ton image qui semblait s’être effacée réapparaît plus nette que jamais. J’aimerai pouvoir te détester. J’aimerai pouvoir te haïr… pour le mal que tu ne m’as pas fait.

Il m’a envoyé un texto : "Samedi dans l’après-midi, un câlin ma chérie ?". Les yeux bouffis de larmes je lui ai répondu oui. Il faut que j’avance. J’avais proposé de t’attendre. Tu avais douté. Tu préférais qu’on se sépare pour que je me sente libre. Cette liberté inaccessible depuis toi, je voudrais pouvoir la retrouver.

Ce matin j’ai refait les gestes oubliés. Les gestes de beauté pour un homme avec qui on va partager un moment d’intimité. Qu’allait-il se passer ?

Il est arrivé. Un petit baiser. On a discuté un moment de tout et de rien avant qu’il ne lance en souriant : "Que penses-tu d’un petit frisson ?" Je ne voulais pas d’un nouvel échec. J’ai avoué : "Je n’arrive plus à frissonner". Confiance et respect, dialogue sans sentimentalité. Je ne voulais pas de pitié. Juste recouvrer la jouissance de mon corps. "On va voir ce qu’on peut faire", m’a-t-il dit en m’entraînant doucement vers la chambre.

Petit à petit tout est revenu. Les caresses, les désirs, les plaisirs, les chuchotements et les fous rires. Les corps épuisés, son regard et mon sourire. Les petites habitudes aussi. Il s’est endormi, je le regarde. Et je pense à toi, à ta respiration, à ton visage quand tu dormais à mes côtés.

La voix de Marisa Monte laisse place à celle plus grave de Bebel Gilberto. Il ouvre les yeux surpris par cette nouvelle tonalité. Discrètement j’essuie mes larmes. Il me regarde et me sourit. Il doit partir. Il prend sa douche, se rhabille. On plaisante, on s’embrasse, à bientôt.

Je passe devant le miroir du salon. Sur mon visage, je retrouve avec surprise la beauté particulière que tu savais toi aussi lui donner. Mon regard se brouille. Tu me manques tant.

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