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28.06.2006
-21- Un Petit Coup Vite Fait
Rosan me dit qu’il a une réunion pas très loin de chez moi et qu’il aimerait passer juste après. Je ne peux pas lui dire non. Ca fait quinze jours qu’il est en attente. J’ai eu un emploi du temps très chargé. Et pas trop envie de le voir. Il est trop prévisible dans sa façon de faire...
Je mets un CD de Norah Jones. Je m’allonge sur mon lit. Je prends un bouquin. Je l'attends. Vers vingt-trois heures, je sens mes paupières se fermer. Je me dis qu’il m’a posé un lapin. Il ne vient jamais aussi tard. J’enlève la lingerie que j’avais choisie pour lui. Je passe sous la couette et je m’endors.
Vers minuit, il m’appelle : "Tu dormais ?" Je réponds par un "ha ha" étranglé de sommeil. Pas de pitié, il me dit qu’il passe rapidement. Et moi je pense : "Rentre chez toi, tu as une femme qui serait peut être contente d’un petit coup vite fait." Je me rendors le temps qu’il arrive.
Il est en costard. La classe. Rien de tel pour me mettre en appétit. Il y a des choses comme ça, très superficielles qui me font craquer.
Il veut allumer l’ordi. Je lui dis non. "Il est tard, déshabille toi et vient m’honorer." Il rigole. Il est déjà en érection quand il ôte son pantalon. Toujours prêt. Pas de préliminaire. Rosan est un soldat. Bravoure et efficacité. Le pire c’est que je prends toujours mon pied avec lui.
Comme d'habitude, les gestes se répètent. Après deux changements de position, il jouit dans un grognement. Il a quand même l'obligeance d'attendre que je prenne un minimum de plaisir. C'est pour lui la preuve qu'il est un bon amant. Pour une femme, c'est surtout une incitation à la simulation. Il doute tellement peu de lui, qu'il ne verrait pas la supercherie. Il se retire sans un baiser, sans un sourire. Il ôte le préservatif. Il s'essuie soigneusement avec un kleenex et il va se doucher. Il me fait penser à Monsieur Propre avec son crane rasé de près et ses obsessions de tout nettoyer.
Je reste sur le lit. Sentiment d'amertume. D'habitude, son arrogance me fait sourire. Mais ce soir, je n'arrive pas à prendre de la distance. J'avais envie de tendresse.
Il sort de la douche. J'ai remis Norah Jones. Il me dit : "Grave moi ce CD, j'aime bien le son." Non, non, on dit : « Pourrais je caresser l'espoir que tu me graves ce CD ? » L'amertume se transforme en léger agacement. Je n'ai pas envie de jouer la gentille. Je lui dis :
- Amène un CD vierge et je te le graverais la prochaine fois.
- Tu as plein de CD vierges !
- Pourquoi je t'en donnerais un. Qu'est-ce que tu me donnes toi ?
- Je te donne mon corps, dit-il en riant.
- Alors on est quitte parce que je t'ai donné le mien.
Il rigole, pense que je plaisante. Mais comme je ne bouge pas du lit, il se résigne. "Ok, la prochaine fois alors"
Je le raccompagne à la porte. Y aura t'il une prochaine fois ? On verra. Cet homme ne me convient plus vraiment. Je sens qu'il fait parti d'une vieille histoire, d'une période qui est en train de se terminer.
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25.06.2006
Mes Paradoxes
Ni courbe ni droit, parfois bien marqué, parfois un peu flou, quelques fois à effacer pour mieux être redessiné.
J’ai trébuché d’un côté et de l’autre, puis trouver l’équilibre pour marcher sans tomber.
Mais je ne peux empêcher mes semelles de dépasser un peu à droite… un peu à gauche.

Curiosité, rencontres, études, psychanalyse, philosophie, histoire, géopolitique, arts, sciences…
Je voulais comprendre, je voulais savoir.
Le chemin fut long pour découvrir :
Que savoir n’est pas comprendre.
Que l’on ignore ce que l’on sait.
Que vérité d’un jour n’est pas vérité toujours.
Que la partie n’est pas le tout.
Que dire n’est pas faire.
Que le silence a valeur de dire.
Que l’apparence n’est pas la réalité.
Que la réalité fait partie du rêve.
Que le rêve est indispensable pour vivre.
Qu’on ne peut vivre sans aimer.
Qu’on ne peut aimer si l’on n’a rien à donner.
Que donner c’est ne rien attendre en retour.
Qu’on ne peut enrichir l’autre que si l’on est riche soi même
Qu’on voit souvent dans l’autre sa propre image.
Que pour accepter les autres, il faut savoir être seul.
Qu’on peut être seul dans la multitude.
Qu’il n’y a pas d’universel sans singularité.
Qu’entre noir et blanc il existe nombre de gris.
Que plus on touche au complexe plus on apprécie la simplicité.
Que la simplicité offre la liberté.
Le chemin fut long pour trouver cette liberté. Cette liberté d’accepter mes paradoxes.
Etre ou ne pas être ? Tel est la question.
Etre et ne pas être. Tel est ma réponse.
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22.06.2006
-20- La Joconde
Je me regarde dans le miroir. J'aime l'image qu'il me renvoie ce matin. Mélange de sérénité et de sensualité. Délinois a passé une partie de la nuit avec moi. Je me sens bien.
J'ai mis longtemps à m'accepter. A l'adolescence, j'avais décidé de cacher mon corps qui jouait au yo-yo avec la balance. Une mère qui me met au régime trop tôt, et plus tard, un mari qui ne supporte pas que je puisse attirer le regard des autres. J'ai longtemps habité un corps androgyne où toutes formes féminines n'avaient pas lieu de transparaître. Quand je regarde d’anciennes photos, je ne me reconnais pas. Cette fille était vieille avant l'heure.
Quelques kilos en trop. Mais non je ne suis pas grosse, j'ai des formes généreuses, c'est tout ! Avec le temps, j'ai appris à assumer mes rondeurs. Je suis sauvée par mes un-mètre-soixante-treize qui font dire aux gens que je suis une belle plante (un cactus peut-être). Quand mes vêtements tirent la sonnette d'alarme, je me mets au régime. Certains de mes amants me demandent, l'air de rien, de ne pas trop fondre. Ca m'amuse. Les hommes préfèrent-ils vraiment les rondes ?
En fait, il en faut pour tous les goûts. En matière d'hommes, les miens ont changés. Avant c'était plutôt maigreur romantique. Maintenant, c'est surtout gros nounours musclé.
Vieux réflexe préhistorique, quand un homme m'entreprend ou me dit qu'il me trouve belle, je me demande toujours ce qu'il peut bien me trouver. J'interroge Uche. Pourquoi m'a t'il choisie, alors qu'il y avait sur cette plage des centaines de filles bien plus jeunes et plus jolies que moi ? "Tu lisais". Sourire. "Et quand je suis venu te parler, tu n'as pas essayé de cacher ton corps, tes seins. Tu m'as regardé droit dans les yeux et tu m'as souri". Il me résume en quelque mots : regard et sourire. (Les seins aussi mais je ne contrôle pas vraiment leur effet psychologique)
Suis-je la Joconde ? Quand les gens me décrivent, ils parlent tous de mon regard et de mon sourire. Autant j’arrive à capter et jouer avec le premier quand je me regarde dans la glace que mon sourire reste une énigme pour moi.
Regard. Miroir de l'âme dit-on. Moteur de la séduction pour moi. J'adore accrocher celui des hommes dans la rue. Erotisme fugace. Parfois cocasse. Un jour, au supermarché, j'avais repéré un gars tout à fait à mon goût. Je le fixe. Ses yeux croisent les miens. Bang bang, je t'ai eu. Je vois son trouble. Puis son affolement. Il se précipite sur sa copine qui a le nez dans les surgelés et l'embrasse goulûment. Paulo qui avait suivi mon manège, éclate de rire :
- Briseuse de couple !
- Mais non regarde, c'est elle qui empoche les bénéfices.
Je me souviens d’un sourire qui a changé ma vie. Je ruminais encore la séparation avec mon mari. J’étais mal dans ma peau, je me sentais laide. Je broyais du noir. Je marchais toujours la tête baissée. Un jour que j'allais au boulot en regardant mes pieds, je croise un homme dans la rue. Je lève la tête, histoire de ne pas lui rentrer dedans. Quel sourire ! Je n’ai vu que ça. Mes idées noires se sont envolées. Je me suis sentie prête à conquérir le monde. Quelques temps après je me suis abonnée à Internet.
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19.06.2006
-19- Le Mystère Délinois
Il était mathématiquement impossible que l’on se rencontre. Le hasard défie parfois les lois de la probabilité. Le hasard c'est la rencontre sur Internet avec Jimmy. C’est l’esprit de partage de Michel. C’est la méprise de Patrick.
Quand j'en parle à mes amies, elles me disent : "On dirait que tu es amoureuse de lui."
Comment leur expliquer que ça n’a rien à voir avec l’amour. Les mots me manquent pour décrire cet homme. Mélange unique de simplicité, d'assurance, de générosité, d’honnêteté, de créativité et de sensualité. Avec lui, pas de double jeu, pas de sens caché. Ces gestes sont à prendre au sens propre, pas de figuré. Dans sa façon d’être je reconnais ma façon d’être.
Comment leur expliquer ce que je ressens lorsqu'il me fait l'amour. Sensation indescriptible qu'aucun autre ne me procure. Ma peau s'électrise de la plante de mes pieds au contour de mes lèvres. Chacun de ses mouvements, chacune de ses caresses déclenche une vague de plaisir qui en appelle une autre. Il me rappelle Olivier.
Comment leur expliquer que je trouve un équilibre dans cette relation où il n’y a pas d’engagement formel. Les moments que nous passons ensemble sont toujours particuliers. Toujours différents. Toujours délicieux. Avec lui, le mot frustration n’existe pas. Energie positive inexplicable. Ses visites me laissent dans un état de plénitude pendant plusieurs jours. Il est le seul à qui je ne dis jamais non, quelque soit mon état d’esprit. Grâce à lui mon indépendance a perdu le goût de la solitude.
Pur bonheur.
Parfois je pense qu’avec les autres tout pourrait s’arrêter, comme ça, parce que ça a assez duré. Avec lui, je n’aperçois pas la ligne d’horizon. Je veux qu’il me surprenne, encore et encore.
« Huit heures du mat, j’entends sa respiration. Je souris. Il fait jour : c’est la première fois qu’il reste au delà du lever du soleil. Je n’ose pas bouger, on ne sait jamais, il pourrait s’envoler. Du bout des doigts, je cherche le livre en bas du lit. Il en profite pour se coller à moi… » *
* Lire -1- Comment Faire l’Amour Avec Une Blanche Sans Se Fatiguer
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16.06.2006
Histoire D'Amours
L’an dernier, il y avait dans ma vie un homme avec qui j’ai vécu une belle histoire d’amour. Une histoire qui m’inspirait mille sentiments depuis longtemps endormis, une histoire comme on en vit rarement plusieurs fois.
Un dimanche matin, alors que j’allais prendre un bain avant sa venue, j’ai eu envie de relire "Fragments d’un discours amoureux" de Roland Barthes. Je suis allée fouiller dans ma bibliothèque sans trop de conviction, persuadée que mon ex-mari l’avait emporté avec lui. Mais non, il était bien là. En le feuilletant avant de me plonger dans mon bain, je découvre avec surprise une dédicace de sa main. Je trouve cela étrange. Ce livre on l’avait acheté ensemble et il n’était pas plus à moi qu’à lui, puisqu’il était à nous. La mémoire peut me jouer des tours parfois mais, j’étais sûre de n’avoir jamais lu ces mots.
"No es cierto que nuestra busqueda es la de alcanzar la experiencia amorosa ?
Contigo he conocido el amor y por eso te llevaré siempre en mi.
Marzo 94"
Emue par ces paroles d’amour venues d’un autre temps, je referme le livre et le pose contre ma poitrine. Et là je réalise que quelque chose ne va pas. J’ouvre à nouveau le livre et je relis la date. Mars 94… Nous étions en train de nous séparer… Il était sur le point de déménager… Je réalise soudain que ce petit mot, mon mari me l’avait laissé comme on laisse un testament. Et... que je ne l’avais découvert que onze ans plus tard, alors que je vivais une histoire aussi belle et aussi forte que celle que j’avais vécu avec lui.
Ustedes dos, les llevaré tambien siempre en mi…
Roland Barthes
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13.06.2006
-18- Un Automne A Paris
A Orly, j’allume mon portable. Il se met à tinter comme une machine à sous. "Quand est-ce que tu rentres ?", "Tu me manques !" "Appelle-moi quand t’arrives", "Très envie de toi". Ce n’est pas possible, la canicule les a fait surchauffer !
"Mes" hommes, à qui j’ai apparemment manqué, viennent tous vérifier mon bronzage. Je ne serais jamais aussi noire qu’eux. Je garde l’avantage sur Tony. Pas pour longtemps. Il part quinze jours en Tunisie avec sa petite famille.
Deux ans. Deux ans que je mène cette vie. Je ne sais pas trop quoi en penser. M’en indigner ? En être fière ? Jusqu’à quand cela va durer ? Uche m’a donné l’envie d’une relation durable. Mais depuis le temps que je vis en célibataire, j’ai du mal à imaginer ce que ça pourrait donner. Suis-je vraiment une femme libre ou n’est-ce qu’une excuse pour ne pas m’engager ? Ces idées tournent dans ma tête. Coup de blues à la chute des feuilles. Mon anniversaire en octobre. Mon horloge biologique s’affole. Je veux un bébé.
Actes manqués ou accidents, les préservatifs éclatent à tour de bras. Je me précipite chez ma gynéco : "Donnez moi la pilule ! Je ne veux pas avoir à choisir entre le raisonnable et l’irraisonnable." J’ai toujours dit que je n’aurais pas d’enfant seule. Un mari est superflu, un père est indispensable. Je rêve de trouver un homme qui aurait le même désir d’enfant, les mêmes idées sur l’éducation, qui serait prêt à assumer une paternité, qui s’entendrait bien avec moi mais avec qui je ne vivrais pas. Utopique ?
Heureusement, il me reste encore un peu de temps pour réfléchir à tout ça. En attendant, je me laisse dorloter par mes amants. Je ne leur confie jamais ce genre de pensées. Pourtant il est arrivé à plusieurs reprises qu’ils me posent la question. "Tu n’as pas envie d’avoir un enfant ?" Je sais que ce n’est pas une proposition, juste de la curiosité. Alors selon l’humeur, ou l’amant, je réponds : "Pourquoi, tu veux m’en faire un ?" ou "Tu ne crois pas qu’il y a assez de malheureux sur Terre ?" ou encore : "Je serais obligé de l’enfermer dans le placard pour recevoir mes amants". L’humour est un bon palliatif au désarrois.
En Novembre, Patrick quitte définitivement mon lit. Délinois prend de plus en plus de place dans ma vie. Je découvre qu'en fait, il est le petit frère de Kévin. Ils sont tellement différents physiquement que je n’avais pas fait le rapprochement. J’imagine un dîner de famille où je serais invitée. Dans la famille… je demande le fils, le frère et le cousin, le copain du cousin, le cousin du copain et le copain du copain. Vive les familles nombreuses !
En décembre, Uche vient fêter ses 25 ans au sommet de la Tour Eiffel. Nous passons trois jours de pur bonheur entre ballades touristiques, siestes coquines et discussions. On parle beaucoup d'amour et de sexualité. Il répète sans cesse : "Teach me". Ca me fait rire à chaque fois. C’est un élève doué. Si tout va bien, il reviendra l’été prochain. Pour d’autres leçons.
Mes amants. J’ai l’impression de les connaître mais ils arrivent encore à m’étonner. Finalement, j’aime mon ignorance en ce qui concerne les hommes. Peu importe qui ils sont vraiment et ce qu’ils viennent chercher dans mes bras. Ils sont là. Ca me suffit.
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10.06.2006
-17- Uche
Au mois d'août, j'ai décidé de partir quinze jours aux Baléares. Seule. J'ai besoin de soleil et de repos. Patrick, Rosan et Délinois viennent me souhaiter un bon voyage chacun à leur manière. Tony m'envoie un petit texto coquin. Michel passe avec Jocelin la veille de mon départ pour me faire juste un bisou. Je trouve ce débordement d'attention très touchant. Quelque peu jouissif aussi. Mes Hommes !
Déception : Majorque est devenue une annexe de l'Allemagne. Et je suis légèrement hermétique à la culture germanique. Mais là, je trouve que ça frôle la caricature : inscriptions partout en allemand, musique techno et bière à toute heure, drapeau noir jaune rouge planté sur la plage. Heureusement que ma valise est remplie de livres et de musique. J'adopte une attitude d'hermite. Je dors beaucoup. Je fais tout à contre courant de la foule touristique. Je vais à la plage tôt le matin ou tard dans l’après-midi. Musique sur les oreilles, je ne lève pas la tête de mes lectures. A quoi bon, je ne vois rien qui pourrait aiguiser mon appétit.
Un matin pourtant, mon regard est attiré par un homme. On ne peut que le remarquer au milieu de cette fadeur teutonne : il est noir. Mais ce qui m'interpelle, c'est qu'il est le seul homme à avoir un livre dans les mains. Il lève la tête, me regarde. Je baisse le nez, comme si de rien n'était.
Le lendemain matin, alors que je me croyais seule sur la plage (ou sur la planète Mars, j'étais plongée dans un roman de SF), j'entends qu'on me parle en anglais : "What time is it please ?" Je lève la tête. Il est là à me sourire. Il s'accroupit et me montre son poignet. Je lui souris. J'avais compris garçon. J'étais juste en train de penser que les hommes manquent vraiment d'imagination pour leurs tactiques d'approche. Je lui tends à mon tour mon poignet sans dire un mot. On s'en fout de l'heure qu'il est. "Do you speak English ? German ? Are you Spanish ?..." Je lui laisse poser toutes les questions de la panoplie du parfait dragueur international. “Ho ! You're French ! I love France". Evidemment, ici c'est mon côté français qui est exotique. Lui, il est né au Nigeria mais vit en Allemagne depuis cinq ans.
Physiquement, il n’y a rien a jeter. Visage magnifique, coiffure à la Ben Harper, tablettes de chocolat, jambes musclées à souhait (le plus beau cul du monde mais sur le moment je ne pouvais pas le voir avec son short baggy). Il a vingt-quatre ans. Il est footballeur professionnel, fait aussi des études de marketing. Il regarde mon livre, va chercher le sien. On commence à parler littérature. Le courant passe très vite. J’ai l’impression de le connaître depuis toujours.
Midi, je commence à cuire. Je lui propose d'aller dans l'eau. Il ne sait pas nager. Il prend un matelas pneumatique. Je le pousse au large. Je l'éclabousse, lui tourne autour. Je passe sous le matelas : poisson clown ou raie manta ? Il tente de m'attraper mais je joue de son manque d'assurance dans l'élément liquide. Mine de rien, je pousse le matelas vers la rive. Quand il réalise qu'il a pied, il m'attrape et m'embrasse. Garçon pressé. Si je ne l'arrête pas, il est prêt à concrétiser immédiatement. "Never without condom. Let's go to my hotel"
Après le premier essai, il s'assied à mes pieds et me demande si je ne suis pas trop déçue. Il est intimidé par mon âge. Ca me fait rire. "Teach me", me dit-il. Je lui parle de mes amants. De leur manière de faire. On passe de la théorie à la pratique. Le paquet de préservatifs s’amenuise à vue d’œil. De temps en temps on abandonne nos corps à la fraîcheur de la climatisation. On écoute la B.O. de Buena Vista Social Club. Il veut aller à Cuba. Je lui raconte mon voyage. On refait l’amour au rythme du son cubain. La nuit est déjà tombée quand il part rejoindre ses amis.
Je suis sous le charme. Son intelligence, sa façon de voir le monde, ses ambitions. C’est un homme comme ça qu’il me faut. J’arrête mon cœur avant qu’il ne s’emballe : treize ans de différence, cinq cent kilomètres de distance, aventure de vacances sans lendemain. Point final.
Il frappe à ma porte vers trois heures du mat. L’ambiance des boîtes majorquines ne lui convient pas. On finit la nuit ensemble. Au petit matin, on va piquer une tête dans l’eau de mer et faire la sieste sur la plage déserte. Le soir même je rentre à Paris, lui à Frankfort.
A mon retour, je parle d’Uche à mes amis. Ils se marrent tous. "Tu es incroyable. Comment as-tu réussi à trouver un Noir aux Baléares ?" Je réponds que c’était le seul homme de la plage qui lisait. Réaction de mes amants : "Un Noir qui lit !" Réaction des copines : "Un footballeur qui lit !"
Dans les mois qui suivent, on s’appelle régulièrement. C’est agréable d’entendre sa voix, de se rappeler les bons moments passés ensemble. On correspond aussi par mails. On continue par écrit nos conversations de vacances. Il se confie à moi, me raconte ses difficultés à vivre entre deux cultures, entre la liberté que lui offre l'Europe et la pression des traditions familiales qui lui parviennent en PCV. Malgré la distance, une amitié solide se tisse.
Il envisage de venir en décembre passer quelques jours à Paris.
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07.06.2006
Je Le Regarde Dormir
Je le regarde dormir. J’écoute sa respiration, lente, légère. Celle d’un repos serein après l’amour. Ma tête est posée sur son bras. Les larmes coulent lentement de ma joue sur sa peau. Comment peut-on pleurer un homme en étant bien dans les bras d’un autre… Sur la platine CD, Marisa Monte chante : "Não suporto mais tua ausência". Cette phrase m’envahie. Je ne supporte plus ton absence, je ne supporte plus ton absence, je ne supporte plus ton absence…
Deux semaines que je rêve de toi toutes les nuits. Le réveil est insupportable. Je ne veux plus fermer les yeux, je ne veux plus rêver, je veux que tu quittes mes pensées, je veux que tu cesses d’envahir ma vie. Je veux… que tu reviennes.
Depuis ce dernier regard, ce dernier au revoir, je cherche à t’oublier. J’ai rencontré un homme, puis un second. Mais j’avais le cœur empli de toi. Et… ils n’étaient pas toi. J’ai rappelé mes anciens amants. Je pensais qu’ils me consoleraient. Voulais-je être consolée ? J’ai juste eu le courage de leur laisser espérer qu’on se reverrait.
Délinois... Il était le seul que je pouvais revoir.
Et je l’ai revu une fois. Une nuit entière passée à ses côtés. Troublée par ce corps qui ne m’était pas inconnu mais qui n’était pas le tien. Troublée par mon propre corps qui ne réagissait plus à ses caresses, qui avait soudain perdu le pouvoir d’éprouver du plaisir. Je l’ai revu une deuxième fois. La même impossibilité à me laisser aller. Il a voulu me revoir une troisième fois. J’ai trouvé mille excuses. Je ne voulais pas vivre l’évidence de ton absence à travers lui.
Deux semaines que je rêve de toi. La douleur est insupportable. J’attrape mon téléphone. Le repose aussitôt : un appel ne changerait rien à cette situation qui me dépasse. Les larmes coulent seules, parfois en silence, parfois en sanglots. Je ne comprends pas cet après-coup. Huit mois et ton image qui semblait s’être effacée réapparaît plus nette que jamais. J’aimerai pouvoir te détester. J’aimerai pouvoir te haïr… pour le mal que tu ne m’as pas fait.
Il m’a envoyé un texto : "Samedi dans l’après-midi, un câlin ma chérie ?". Les yeux bouffis de larmes je lui ai répondu oui. Il faut que j’avance. J’avais proposé de t’attendre. Tu avais douté. Tu préférais qu’on se sépare pour que je me sente libre. Cette liberté inaccessible depuis toi, je voudrais pouvoir la retrouver.
Ce matin j’ai refait les gestes oubliés. Les gestes de beauté pour un homme avec qui on va partager un moment d’intimité. Qu’allait-il se passer ?
Il est arrivé. Un petit baiser. On a discuté un moment de tout et de rien avant qu’il ne lance en souriant : "Que penses-tu d’un petit frisson ?" Je ne voulais pas d’un nouvel échec. J’ai avoué : "Je n’arrive plus à frissonner". Confiance et respect, dialogue sans sentimentalité. Je ne voulais pas de pitié. Juste recouvrer la jouissance de mon corps. "On va voir ce qu’on peut faire", m’a-t-il dit en m’entraînant doucement vers la chambre.
Petit à petit tout est revenu. Les caresses, les désirs, les plaisirs, les chuchotements et les fous rires. Les corps épuisés, son regard et mon sourire. Les petites habitudes aussi. Il s’est endormi, je le regarde. Et je pense à toi, à ta respiration, à ton visage quand tu dormais à mes côtés.
La voix de Marisa Monte laisse place à celle plus grave de Bebel Gilberto. Il ouvre les yeux surpris par cette nouvelle tonalité. Discrètement j’essuie mes larmes. Il me regarde et me sourit. Il doit partir. Il prend sa douche, se rhabille. On plaisante, on s’embrasse, à bientôt.
Je passe devant le miroir du salon. Sur mon visage, je retrouve avec surprise la beauté particulière que tu savais toi aussi lui donner. Mon regard se brouille. Tu me manques tant.
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04.06.2006
-16- Un Cousin Peut En Cacher Un Autre
Sur le post-it je lis le prénom du cousin : Délinois. Prénom exotique et unique. Je lui envoie un mail, court mais explicite : « Si tu as besoin de quoique ce soit, tu peux m’écrire à cette adresse ou m’appeler à ce numéro. Tu peux aussi venir me voir quand tu veux, puisque tu connais le chemin. »
Un coup de fil. Il passe chez moi. A peine assis sur le canapé, il se penche vers moi et m’embrasse longuement.
« Je peux prendre une douche ? » Je suis baba devant sa spontanéité. Il est à la fois direct et respectueux. J’admire. Je lui donne une serviette et pendant qu’il se passe sous l’eau, je me déshabille, m’allonge sur le lit, impatiente de connaître la suite. Je cherche la position idéale. Je décide de me coucher sur le ventre, la tête tournée à l’opposée de la salle de bain. Je ne veux pas voir, je veux sentir.
Les gestes de Délinois sont surs, précis, efficaces. Il prend possession de mon corps comme on occupe un pays conquis. Il est maître des lieux. Je m’abandonne au jeu délicieux de la soumission. Totale déraison, pures sensations.
Après l'amour, un de mes jeux préférés est d'empêcher mes amants de se dégager. J'aime qu'ils restent le plus longtemps possible en moi. Et voilà que cet homme, après avoir joui, s’écroule dans mes bras et ne se retire pas. Il est capable tour à tour de me maîtriser et de s’abandonner. Je sais que j’ai trouvé l’amant idéal. Celui qui résumera tous les autres. Qui répondra à tous mes désirs.
Au mois de juillet, Délinois vient me voir souvent. Sa compagne est partie en voyage. Il passe toujours tard le soir. On fait l’amour jusqu’à épuisement. Il fait un petit somme avant de repartir. Je le regarde dormir. Son naturel me fascine. Je n'ai jamais connu un homme comme lui.
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01.06.2006
-15- Patrick

Patrick aurait du être l’amant parfait. Mais il n’a jamais su me comprendre.
Après notre première rencontre, il me téléphone. Je le trouve sympa. Son accent me fait craquer. Sa façon de m’appeler Princesse me fait fondre. Il demande s’il peut passer me voir, je suis ravie.
Mais là, premier couac ! Il arrive avec son cousin ! Ben voyons ! Je les installe sur le canapé, me plante devant eux :
- On va mettre les choses au clair dès le départ. Si vous êtes venu dans l’intention de (me) baiser, il va y avoir un problème. Ici, c’est moi qui dicte les règles du jeu. Je n’aime pas qu’on m’impose les choses et qu’on me manque de respect.
- Mais, quand je suis venu avec Michel…
- Michel c’est Michel. Il en a eu pour son grade, t’inquiète. Ici ce n’est pas le secours populaire ni une maison close. Je choisis avec qui je m’allonge.
Le cousin est très mal à l’aise. Il lance à Patrick :
- Tu m’as dit qu’elle était d’accord alors que tu ne lui avais même pas demandé son avis ? Non mais, ça ne se fait pas ça.
Il me regarde :
- Je vais partir. Je suis vraiment désolé.
- Ce n’est pas à toi de t’excuser.
- Désolé, dit Patrick, je pensais…
- Tu pensais mal.
Devant la compréhension du cousin, ma colère s’apaise. Comme j’ai quelques notions d’hospitalité, je lui propose un café avant qu'il ne parte.
Patrick est enfoncé dans le canapé. Il n’ouvre pas la bouche. Je discute avec le cousin. On commence à parler informatique. Il veut voir mon PC, on va dans ma chambre. Patrick ne bouge pas. Je détaille le cousin. Il a un sourire à faire damné une bonne sœur. Il n’est pas très grand mais sa carrure est un appel au crime. Il se dégage de tout son être la tranquillité du fauve au repos. Dans la pénombre de la chambre, il serait facile de l’embrasser. Mais non, je ne reviendrai pas sur ma décision. Il propose de communiquer par e-mail. J’opine. Il écrit son adresse sur un post-it. On repasse au salon. Il me fait la bise, salue son cousin qui réagit à peine et nous laisse.
Je me glisse dans les bras de Patrick. Je n’ai pas envie de discuter de ce qui s’est passé. Tout en l’embrassant, je dégrafe son pantalon. Il passe ses main sous mon tee-shirt. Les vêtements tombent un à un sur le sol. Les mains se promènent longuement, entre douceur et empressement. Il est tel que je l’avais pressenti la première fois. Sa sensualité fait écho à la mienne, nos corps fusionnent. Le monde n’existe plus. Nos gestes sont lents comme pour capter l’essence du plaisir qui nous envahit. Il me regarde jouir avant de jouir à son tour. Nos corps s’immobilisent. Peu à peu les bruits de l’extérieur reprennent leur place.
C’est le début de l’été. La fenêtre est grande ouverte. Il se rend compte qu’on est à la vue de mes voisins. En riant, je le prends par la main et l’emmène jusqu’au lit. Dans la chambre, les volets sont fermés. Frontière entre l’effervescence du monde et la langueur des corps enlacés. J’aime faire l’amour l’après-midi.
La tête posée sur son torse, je l’écoute me raconter sa vie. Quand il me dit qu’il est haïtien, je lance : "Comme Kevin !" Il se redresse : "Tu connais Kevin ?" Il se trouve que Kevin est aussi un de ses cousins. Je lui raconte les circonstances de notre rencontre. Il fronce les sourcils : "Mais alors, pourquoi t’as dit non tout à l’heure ?" Est-ce si compliqué à comprendre ? La frontière entre femme libre et femme facile est si mince dans la tête de certains hommes. "J’ai dit non, parce qu’il n’y a que moi pour décider de ce que je fais de mon corps." Il ne dit rien.
Il doit partir. Il prend son travail dans une heure. Il se lève. Il me regarde. "Je ne peux pas partir comme ça." Son sexe se durcit. Il revient sur le lit. Il me fait l’amour, avec une certaine brusquerie. Possession animale des gestes : "Tu es à moi".
J’aurais pu être à lui. Dans son regard, je me sentais une femme désirablement belle. Dans ses paroles, j’étais sa reine. Je sentais mon cœur flancher mais il y avait toujours un mot blessant au bout d’une phrase câline. Il ne pouvait soutenir la teneur de ses sentiments pour moi. Il me laissait des messages passionnés sur mon répondeur. Quand je le rappelais, il usait d’une certaine froideur qui dédisait ses paroles. Il remettait mes autres amants sur le tapis dans toutes nos conversations sans jamais proposer un changement qui lui aurait donné l’exclusivité. Quelques mois plus tard, il me fait une scène : "Je suis ton homme, tu dois faire ce que je te dis !" Je l’ai regardé calmement en secouant la tête : "Tu n’as vraiment rien compris. C’est dommage. Mais ici, c’est chez moi, c’est mon lit, c’est mon cul et personne ne me donne d’ordres. Alors, adieu Patrick."
Pendant quelques semaines, je n’ai plus eu de nouvelles. Puis il a recommencé à m’appeler. Je voyais son numéro s'afficher, je ne décrochais pas. Il a insisté un moment, me laissant des messages désespérés. Je pensais qu’il allait comprendre. Une nuit, il m’a appelé toutes les heures, alternant entre mon fixe et mon portable. Vers cinq heure du matin, n’en pouvant plus, je lui ai envoyé un texto: "Lâche l’affaire, je ne veux plus te voir."
00:10 Publié dans L'amour, les Hommes et le Chocolat. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


