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30.09.2006
-28- La Mammographie
Le centre de radiologie grouille de blouses blanches. Ordonnance, carte vitale, salle d'attente, on va venir vous chercher.
J'ai un bouquin dans mon sac mais je sais que je n'arriverais pas à lire. J'ai la trouille. J'essaie de faire le vide. Je regarde les magasines sur la table. On est mercredi, presse people flambant neuve. Je ne connais aucunes des starlettes à la une.
Mon nom résonne dans la salle presque vide. Je vais avec la petite dame en blanc. Elle m'enferme dans une minuscule pièce. "Vous vous mettez torse nue, je reviens vous chercher." Je me déshabille. Il y a un miroir. Je regarde ma poitrine. Je la trouve belle. Je passe mes mains dessus lentement. Et si... Non, non, non ce n'est pas possible. Je n'ai rien, je le sais.
La petite dame me fait rentrer dans la salle obscure. Elle me présente l'appareil de torture. Elle manipule mes seins comme des morceaux de viande sur l'étal du boucher. Mais heu ! Ca pince ! "Ne respirez plus !" Merde, elle aurait plus prévenir, je n'ai pas pris ma respiration. Je regarde mon sein aplati sous le plexiglas. Une vraie escalope de veau. L'autre sein. Et maintenant de trois quarts. "Vous retournez dans la petite pièce, j'amène les clichés au docteur qui vous donnera les résultats. Restez torse nu, je reviens vous chercher pour l'échographie." Mais... elle ne va pas m'abandonner comme ça ! Je me mets à pleurer comme une gamine. Je pense à ma grand-mère qui est morte d'un cancer du sein, à ma tante qui sort à peine d'une guérison. Je pense à la mère de Olivier, à ma voisine, à une de mes collègues... Saloperie de maladie. On frappe à la porte. J'essuie mes larmes rapidement.
"Mettez votre blouson, fermez-le bien et prenez vos affaires. On y va." Traversée des couloirs. Des vieux perdus avec leurs cannes, des femmes aux visages tendus dans la lumière crue. Deuxième petite pièce. "Posez vos affaires et allongez-vous sur la table de la salle d'examen. Le médecin va venir." Je m'installe dans la pénombre. Sur le mur d'en face est accroché un tableau, une estampe chinoise digne du pire restau de l'avenue de Choisy. Deux petits chats en train de jouer avec une balle. C'est d'un ridicule. J'en pleure. Je voudrais arrêter mais je ne peux m’en empêcher. Ca coule tout seul.
Le docteur arrive. Il me dit qu'apparemment les clichés sont bons. Que l'écho permettra de confirmer. Il me pose les questions d'usage. Il me palpe. Gel froid sur mon sein droit. Il ballade le petit appareil sans ménagement. Je n'ose pas regarder l'écran. Je fixe les chatons. Il examine le sein gauche. Son silence envahit la pièce. Enfin, il ouvre la bouche : "Tout est parfait, Mademoiselle. J'aimerais pouvoir annoncer ça à toutes mes patientes aujourd’hui." Ah non ! Te ne vas pas te remettre à pleurer, il a dit que tout allait bien.
22:40 Publié dans L'amour, les Hommes et le Chocolat. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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