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27.03.2007
Le Sexe Des Anges
Il était tard, nous n’avions ni l’un ni l’autre envie de rentrer. Il m’a proposé une balade en moto. Je ne résiste pas à Paris By Night. Surtout en été. Assise derrière lui, le nez au vent, j’étais bien. A un feu rouge, il s'est tourné vers moi, a relevé sa visière et m’a demandé : 'Tu es déjà allé au bois de Boulogne ?" J’ai rigolé. "Il faut que tu vois ça au moins une fois dans ta vie."
Champs Elysées, avenue de la Grande Armée, un petit bout de boulevard périphérique et un, deux, trois nous étions au bois.
Dans un premier temps, je n’ai vu que des voitures à perte de vue qui avançaient pas à pas. Pare-chocs contre pare-chocs, ils étaient là. Population de mâles venus seul ou à plusieurs pour… pourquoi faire au fait ?
Soudain, dans les phares : elles sont apparues. On aurait dit des anges. Couleurs chatoyantes et gestes graciles, elles évoluaient entre les arbres dans un jeu d’ombre et de lumière. Plus on se rapprochait plus je les entendais parler. Ou plutôt piailler. Elles hélaient de leurs voix singulières les hommes qui passaient hésitants, cachés derrière leur volant. Voyeurs ou acheteurs ? Ils étaient trop nombreux pour pouvoir tous consommer. Sortie du samedi soir quand madame est chez maman, virée entre copains, envie de juste se rincer l’œil, qu’est-ce qui les avait poussés là ?
En se rapprochant, les anges perdaient de leurs couleurs. Les visages étaient marqués, les corps étaient décharnés. Les robes qui de loin brillaient dans la lumière dansante n'avaient plus la même splendeur. Misère humaine qui venait progressivement de prendre vie sous mes yeux. Sentiment d’horreur et de tristesse. "Rentrez chez vous, rentrez chez vous !" me suis-je mis à crier en agitant le bras vers les voitures quasi statiques.
Il a éclaté de rire : "Arrête, tu vas nous faire lyncher." Il a accéléré. Je me suis accrochée à lui. De désespoir. Nous avons doublé la file interminable des badauds dans leurs habitacles de verre et de métal. En passant j’ai aperçu ceux plus courageux qui étaient descendu de leur voiture pour tenter ou renouveler une expérience qui me paraissait tellement étrange. Et étrangère aussi. Pour la première fois de ma vie je me suis demandé : "Et si j’avais été un homme, aurais-je franchi ce pas là ?".
On était loin quand j’ai pensé : "Quand elles étaient encore de petits garçons, là-bas, de l’autre côté de l’océan, s’étaient-elles un jour imaginé qu’elles seraient ces femmes-là…"
La photo, de Clara Choveaux, est tiré du film "Tiresia" qui lorsqu'il est passé sur ARTE, a fait remonté dès les premières scènes ce souvenir étrange d'une certaine nuit d'été.
21:35 Publié dans Pensées, rêveries et autres élucubrations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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